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	<title>Miss Stère et boules de blog</title>
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		<title>#35: Mon coeur</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Nov 2010 19:44:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>missstere</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tout va très vite. Après tout, je n&#8217;ai plus rien à perdre. Je l&#8217;ai perdu, Lui. Autant essayer de s&#8217;en sortir le moins mal possible. Avec cet autre. Le bucheron. J&#8217;aime le voir comme ça. Épaules larges, solide, un peu bourru. Pourtant pas inintéressant. Il a des goûts musicaux très sûrs, qui m&#8217;impressionnent. Laissent présager [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=337&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Tout va très vite. Après tout, je n&#8217;ai plus rien à perdre. Je l&#8217;ai perdu, Lui. Autant essayer de s&#8217;en sortir le moins mal possible. Avec cet autre. Le bucheron. J&#8217;aime le voir comme ça. Épaules larges, solide, un peu bourru. Pourtant pas inintéressant. Il a des goûts musicaux très sûrs, qui m&#8217;impressionnent. Laissent présager d&#8217;une certaine sensibilité, malgré tout. Je découvre avec lui un tas de choses. J&#8217;élargis mon horizon musical. Ça me convient assez.<span id="more-337"></span> J&#8217;ai besoin d&#8217;être stimulée sur un plan intellectuel avant de l&#8217;être sur un plan plus sexuel. C&#8217;est comme ça. Un homme qui n&#8217;a aucun attrait de découverte, qui ne peut rien m&#8217;apprendre ne me fera pas vibrer. Mes orgasmes sont conditionnés par la soif d&#8217;apprendre et d&#8217;admirer avant tout. Il me fait découvrir des choses. Le vin. C&#8217;est avec lui que je vis ma première expérience de plaisir viticole. Il m&#8217;a emmenée dans sa chambre. Il veut me faire plaisir, le plaisir d&#8217;un repas en tête à tête, rien que nous. Pas de choses compliquées, un mezze. Et pour l&#8217;accompagner, cette bouteille de vin qu&#8217;il m&#8217;a laissée choisir, seule tout à l&#8217;heure, dans une cave qu&#8217;il connait bien. Si j&#8217;apprécie le goût du vin, je n&#8217;ai aucune idée de comment choisir, je n&#8217;ai absolument aucune connaissance. Les rares tentatives à la maison de servir du vin se sont toujours bornées au vin rosé portugais légèrement effervescent, ou au muscat grec écœurant de sucre. Rien de vraiment recommandable, rien de ce qui pourrait former un palais, un goût. Alors, sans aucun repère, j&#8217;erre parmi les bouteilles. A quoi me fier si ce n&#8217;est aux mots, à ceux qui me sembleront le plus parlant, les plus mélodieux, et à l&#8217;étiquette qui me semblera le plus esthétiquement conforme à ce qu&#8217;elle annonce. Des milliers de flacons, et un seul choix possible. J&#8217;hésite, prend une bouteille, la replace, tente une autre. Pas envie qu&#8217;il me prenne pour une ignare, ou quelqu&#8217;un qui n&#8217;a pas de goût. Finalement je saisis une bouteille, et la pose sur le comptoir. Le caviste, et lui rigolent de concert. Ne sachant comment réagir, je demande, un peu hésitante: &#8220;ce n&#8217;est pas bien ça? &#8221; Suit une réponse très second degré, où je me rends compte que j&#8217;aurai pu tomber bien plus mal. En l&#8217;ouvrant, je comprends. Instantanément je tombe amoureuse de ce vin. En plongeant mon nez dedans, je découvre des arômes inconnus et pourtant familiers, j&#8217;ai une sensation de plénitude et d&#8217;envie, c&#8217;est subtil et fort à la fois, c&#8217;est indescriptible. La première gorgée est une vraie révélation au plaisir. Quand elle coule dans ma gorge, je ne peux pas décrypter vraiment les sensations, je n&#8217;arrive pas à mettre de mots, mais c&#8217;est suave et dur, persistant et moelleux, c&#8217;est tout à la fois. masculin et féminin, fruité et minéral, presque séveux. Un nouveau monde s&#8217;ouvre à moi. Le plaisir gustatif, que je ne ressentais qu&#8217;en mangeant jusqu&#8217;ici, s&#8217;enrichit d&#8217;une nouvelle palette d&#8217;expression.Riesling. Il sera mon premier amour. Caresses du vin, caresse de mon amant se confondent. L&#8217;homme et le vin participent à me donner un plaisir palpable, bien que très fugace. Sensualité. J&#8217;en découvre une autre facette. Quand mes lèvres encore humides de riesling touchent les siennes, quand je sens sur sa bouche la minéralité du vin, en douceur. Faire l&#8217;amour, partager sont des analogies. Ca prend une toute autre dimension. Il faudra que j&#8217;en sache plus. Je veux encore connaitre ca. Je veux savoir comment ça marche. j&#8217;ai l&#8217;intuition qu&#8217;il ne suffira pas de reprendre le même vin pour que se recrée cette magie là. Il y a quelque chose d&#8217;autre. Un truc en plus. Je n&#8217;arrive pas à savoir quoi, mais je le pressens. C&#8217;est ça que je veux faire. Que je veux apprendre. Lui est mon révélateur. Il va m&#8217;aider.</p>
<p style="text-align:justify;">Entre nous, tout va très vite. Notre histoire devient sérieuse bien avant qu&#8217;on aie eu le temps d&#8217;y réfléchir. Un mois après notre premier baiser, je pars en vacances. Il me rejoint, pour les derniers jours de séjours. Ma mère ne l&#8217;aime pas. Au contraire du Chevalier, qu&#8217;elle adorait. Elle ne l&#8217;aime pas celui ci. Me dit qu&#8217;il n&#8217;est pas pour moi. Qu&#8217;il n&#8217;est pas de mon niveau. Intellectuel entendons nous. Que jamais il ne me rendra heureuse. Que c&#8217;est avec le Chevalier que j&#8217;aurai du être. Que lui au moins il ne me ferait jamais de mal. Elle a entendu. Que parfois il est un peu brutal avec moi quand nous faisons l&#8217;amour. Je ne trouve pas ca si grave. Il est juste maladroit. C&#8217;est ce que je pense. Ça finira par s&#8217;arranger. On doit accorder nos violons et c&#8217;est tout. Mis à part ça, passer du temps avec lui est agréable. On vit des moments réellement très chouettes. Comme cette éclipse, ma tête posée sur son ventre, à la plage. Un joli moment vraiment. Elle n&#8217;a pas compris pourquoi j&#8217;avais quitté le Chevalier. Ou elle a trop bien compris et ne veut pas que je parte. elle sait que c&#8217;est ce qui arrivera avec lui. Ce n&#8217;est qu&#8217;une question de temps. Elle me demande si j&#8217;en suis amoureuse. Je réponds que je l&#8217;aime. Elle fait tout pour me dissuader d&#8217;être avec lui, me prédit que je ne serai jamais heureuse. Et son opposition ne fait que renforcer mes convictions. Si elle le déteste à ce point, c&#8217;est qu&#8217;il doit être bon pour moi. Si elle le hait, alors c&#8217;est que c&#8217;est un bon choix. Puisqu&#8217;elle est détraquée, incapable de se choisir de bons partenaires, pourquoi serait elle plus lucide quant au choix des miens? Je n&#8217;imagine pas même une seconde qu&#8217;elle puisse avoir raison.</p>
<p style="text-align:justify;">Le bûcheron est solide, sincère, loyal. Il est responsable. Intègre. C&#8217;est tout ce dont j&#8217;ai besoin. Bien sûr ce n&#8217;est pas un tendre. Il n&#8217;est pas un fervent des câlins gratuits, juste comme ça pour le plaisir du geste. Il ne pense pas à faire de ces petites attentions délicates qui ensoleillent les journées. Mais c&#8217;est un pragmatique. On peut compter sur lui. Je pense que je m&#8217;en accommoderai. Ou que je lui apprendrai. De toutes façons, je n&#8217;ai pas été très habituée aux effusions tendres, et aux déclarations. Sauf avec le Chevalier, très doux toujours. Qui m&#8217;écrivait des lettres magnifiques qui me chaviraient le coeur. Je pense que je m&#8217;en passerai. De ces moments là. Que ce qu&#8217;il a à m&#8217;offrir est bien plus adulte. Je dois prendre ma vie en main et faire des choix. je sais que la vie n&#8217;offre pas toujours sur un plateau la somme exacte de ses désirs. Alors je me contenterai de ce qu&#8217;il me donne. Une relation pérenne, faite pour résister au temps, stable. Sans grands éclats, sans disputes.</p>
<p style="text-align:justify;">Il m&#8217;aime raisonnablement. Et moi pareil. Il a besoin de moi à côté de lui. J&#8217;ai besoin d&#8217;être ailleurs qu&#8217;avec elle. Nous nous sommes trouvés. Je veux vraiment croire à cette relation. J&#8217;efface le chevalier de ma mémoire, remet les compteurs à zéro. Je met tout mon cœur dans cette histoire avec lui. Quand il prend un appartement, je l&#8217;aide à emménager. A peindre les murs. Sa première nuit là bas, je la passe avec lui. Puis la nuit suivante. Et encore la nuit suivante. Puis je commence progressivement à installer mes affaires. C&#8217;est fait, on vit ensemble. Sans en avoir parlé. Ça s&#8217;est fait comme ça, naturellement, les choses se sont enchainées comme si ça avait du être. Je fais ma rentrée à l&#8217;université. Langues et philologie romanes. Faute de mieux. Faute d&#8217;une meilleure idée. Je ne sais absolument pas à quoi ça va me mener, mais je peux essayer au moins. On m&#8217;a tellement, elle m&#8217;a tellement martelé depuis gamine que je devais aller à l&#8217;unif que j&#8217;y vais, sans savoir pourquoi, ni pour quoi faire. Je suis la petite fille obéissante, je fais ce qu&#8217;on me dit. Comme si j&#8217;étais incapable de penser par moi même. Vivre avec lui a déjà été un choix compliqué à poser, partir un grand mouvement vers l&#8217;avant, loin d&#8217;elle. Je n&#8217;ai pas la force de prendre d&#8217;autres décisions aussi lourdes. Alors,je vais aux cours. Et je me demande en y assistant ce que je fais là. Complétement à côté de la plaque. En décalage  avec tous ces jeunes gens motivés, sûrs d&#8217;eux, sûrs de vouloir être là. J&#8217;assiste aux cours, et je n&#8217;arrête pas de me dire que je ne suis pas à ma place. rien ne m&#8217;intéresse vraiment, sauf deux cours. Littérature du 19eme, et histoire du moyen âge, donnée par un prof passionnant. Vibrant. Les seuls moments où je m&#8217;anime un peu c&#8217;est à ces cours là. En dehors, je m&#8217;éteins complètement. Où je rigole nerveusement et intérieurement durant des heures quand je me retrouve à un cours dont l&#8217;absurdité me saute aux yeux, et où je parais bien être la seule à la voir. Tous ces gens concentrés, pénètrés de savoir, aux aguets, suspendus aux lèvres de cette prof qui explique consciencieusement l&#8217;évolution de la lettre A à travers les siècles, &#8230; J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;être dans un film d&#8217;humour anglais. Non sense. Comme si j&#8217;étais absolument la seule à ne pas comprendre une seconde l&#8217;utilité de ce cours, et surtout à percevoir le surréalisme de tout ça.  Deux heures par semaine à décrypter le A pendant tout un trimestre, ça me dépasse.</p>
<p style="text-align:justify;">Je continue pourtant. Je zappe certains cours, dont celui là. Je fais un rapide passage en sociologie, pour me rendre compte que ça m&#8217;emmerde profondément. En fait l&#8217;université que je me représentais comme un asile de liberté me semble tout le contraire. J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;y être enfermée, à faire des choses contre mon gré, sans comprendre pourquoi, à poursuivre un but que je n&#8217;arrive pas à déterminer. Je me sens très exactement comme un hamster dans une roulette. Je pédale, je cours, et je ne verrai jamais la fin, jamais pourquoi je cours.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est très compliqué à expliquer. Je ne peux pas lui dire à lui. Il ne comprendrait pas. Lui est tellement sûr de lui, de nous. Au point que pour mes dix huit ans, il m&#8217;offre un diamant. Pas une énorme pierre bien sûr. Un petit diamant, mais un diamant quand même. Il s&#8217;engage. Il faut faire comme si c&#8217;était un cadeau d&#8217;anniversaire comme un autre. Comme si ça n&#8217;avait pas d&#8217;importance. Je joue les innocentes. Je le fais si bien, et les jours passent.  De toutes façons il va partir. Des vacances prévues de longue date, avec un pote, il ne peut pas annuler. Je serai quinze  jours dans l&#8217;appartement seule. Livrée à moi. C&#8217;est insupportable. Les deux premiers jours passent très lentement, puis un matin je ne me sens pas bien. Extrement fatiguée, mal au ventre, nauséeuse, fiévreuse. J&#8217;appelle ma mère. Ré-enménage chez elle pour un temps. Tous ces doutes, l&#8217;unif qui ne me convient pas, ce départ précipité de la maison, même si je suis sûre que c&#8217;était une bonne décision, cette accumulation de stress, je suis malade. Je craque. Comme souvent chez moi, le corps donne l&#8217;alerte avant le reste. avant que je ne dise les choses. En période de grosse crise, avant de prendre des décisions importantes, je tombe malade. Je suppose que c&#8217;est ma façon à moi  de me signaler qu&#8217;il est temps de réagir. De prendre des décisions. Comme on prendrait un médicament.</p>
<p style="text-align:justify;">Il va falloir que je cesse de faire ces choses dont je n&#8217;ai pas envie, qui ne me conviennent pas, juste parce qu&#8217;on a décidé pour moi que je devais les faire. Que je prenne mes responsabilités. Que j&#8217;écoute mes envies pour une fois. J&#8217;ai dix huit ans. Il est temps d&#8217;être adulte.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;"><em>Fin</em></p>
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		<title>#34: Salope</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Nov 2010 21:40:43 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est la dernière ligne droite. Les dernières semaines avant de se jeter dans le vide. Je n&#8217;ai toujours absolument aucune idée de ce que je vais faire. Vaguement, je pense à l&#8217;université, mais sans savoir avec précision ce que je pourrais bien y faire. Il est trop tôt. Qu&#8217;est ce que je pourrai bien décider [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=331&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">C&#8217;est la dernière ligne droite. Les dernières semaines avant de se jeter dans le vide. Je n&#8217;ai toujours absolument aucune idée de ce que je vais faire. Vaguement, je pense à l&#8217;université, mais sans savoir avec précision ce que je pourrais bien y faire. Il est trop tôt. Qu&#8217;est ce que je pourrai bien décider de ma vie maintenant? J&#8217;aime écrire, j&#8217;aime lire, j&#8217;aime écouter le vent dans les arbres. J&#8217;aime regarder les Yeux Extraordinaires dessiner. J&#8217;aime écouter les petits mots de rien des Cheveux d&#8217;Or. Je l&#8217;aime lui. Lui, fidèle parmi les fidèles&#8230; <span id="more-331"></span>J&#8217;ai beau lui faire subir tout et n&#8217;importe quoi, il reste là, immuable. Et je ne l&#8217;en aime que plus. C&#8217;est effrayant pour moi. Que quelqu&#8217;un s&#8217;attache à moi de cette façon, et surtout que j&#8217;éprouve pour lui la même chose. Besoin de lui. Envie de lui. En permanence. Au point de court circuiter mes pensées les plus basiques. J&#8217;ai l&#8217;impression que mon cerveau perd de ses capacités, tout occupé qu&#8217;il est à le  gérer lui. Quand j&#8217;ai vraiment trop peur, je prends la fuite. Pas littéralement, mais presque. Je retrouve les bras de l&#8217;ex. Et pourtant. Il reste. Il ne m&#8217;en veut pas. Ou alors il le cache bien. Il reste fidèle à ses promesses. Même celles qu&#8217;il a faites quand on était encore ensemble. Surtout. Comme de m&#8217;accompagner à ce fameux concours d&#8217;éloquence. Je lui avais demandé, tétanisée par le trac. Écrire, oui,sans problème, je peux le faire. Même quand je suis avertie de la date du concours le jour avant, et que je dois passer la nuit à pondre un texte, à grand renfort de café. Ça je peux gérer. Mais prendre la parole&#8230;. Depuis que j&#8217;avais marqué mon accord de participation, il était évident pour moi qu&#8217;il fallait qu&#8217;il soit là. Et malgré le fait que nous ayons rompu entre-temps il a honoré sa promesse. Il est là. Je peux le voir dans la salle, un peu plus loin. Quasi aux premiers rangs, il y a l&#8217;autre. L&#8217;imbécile. Inoffensif. Qu&#8217;est ce que je fous avec ce type? A part l&#8217;oublier, Lui. A part essayer de toutes mes forces de ne pas m&#8217;engager, les orteils crispés au bord de la piscine, s&#8217;accrochant désespérément au plongeoir. Je l&#8217;aime trop. C&#8217;est insensé. On ne peut pas être à ce point fait pour quelqu&#8217;un pour ses bras.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est une hérésie. On ne peut pas vouloir quelqu&#8217;un à ce point. Il finira par se rendre compte. De moi. De tout ce que je suis. Et surtout de tout ce que je ne suis pas.</p>
<p style="text-align:justify;">Pourtant. Pourtant il est toujours là. Avant de prendre une grande inspiration et de me lancer, ce sont ses yeux que je cherche. Pas ceux de l&#8217;autre. C&#8217;est lui mon air. Même si je rompt le fil entre nous, il continue de me tendre la main. Personne ne s&#8217;y trompe. Je ne perçois pas l&#8217;intensité de sa douleur, quand mon professeur de français, en le saluant, ajoute à son prénom cette fameuse épithète.</p>
<p style="text-align:justify;">Fidéle. Le fidèle. Bien plus tard, je le saurai, ça lui a fait un coup de poignard au coeur. Il a cru suffoquer. Et puis finalement, le temps, la douleur partie, il a compris. C&#8217;est une qualité parmi les plus admirables. La fidélité. Etre fidèle aux autres, mais surtout à soi. Quelque chose que je n&#8217;arrive pas à faire. Je me dérobe, je me fuis, je me dédouble en permanence. Je joue sans arrêt avec moi au jeu de la course poursuite. Croire en soi, ne pas dévier de ses objectifs. A part tenir tant bien que mal sur un esquif plus que précaire, je ne vise rien. Ou plutôt je vise trop de chose. Incapable de me concentrer sur quelque chose de particulier, de maitriser à fond un sujet, je reste en surface avec les choses et les gens, prête à décamper dès le moindre avis d&#8217;engagement.</p>
<p style="text-align:justify;">Je dors au bord du lit, je vis au bord de moi. Avec la main sur une valise, toujours, comme si il était vital que je puisse bien vite partir. Je ne pars pas. Je fuis. Je donne l&#8217;illusion de m&#8217;engager, mais sans y être totalement. Je sais pertinnement ce qu&#8217;il faut dire, ou faire croire pour sembler stable et heureuse. Mais je sais aussi que ces pseudos engagements n&#8217;auront qu&#8217;un temps. Je ne veux pas souffrir. Je ne veux pas qu&#8217;on me laisse. Je préfère quitter d&#8217;abord. Me rendre indisponible à la peine.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors je sacrifie au simulacre. Je joue à être avec cet autre alors que c&#8217;est Lui que je veux. Pour le tester. Pour voir. Pour peut être le dégouter de moi. C&#8217;est dur de renoncer à celui qu&#8217;on aime, d&#8217;autant plus si on sait la force de son amour. C&#8217;est pourtant ce que je fais. Au moins un temps. Sa fidélité, sa patience, son assurance finissent par avoir raison de moi, et je replonge dans ses bras. Toute petite à nouveau. Si fragile quand ses bras se referment sur moi. Mon albatros. Aux ailes de géant. A force de toujours le fuir, à savoir qu&#8217;il courra toujours après moi d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, je m&#8217;épuise. Incroyable cette énergie que je déploie à saboter une relation qui pourrait être une des plus équilibrantes de ma vie, si ce n&#8217;est une des plus équilibrées. Le pire je crois, c&#8217;est Lui et moi face aux autres. Je suis forcément la mauvaise, celle qui joue avec lui, qui rit de lui. Alors que c&#8217;est tout le contraire. Je voudrais le préserver au maximum. Je voudrais que jamais il ne verse une larme pour moi. J&#8217;aimerai que son coeur ne soit pas brisé en mille morceaux par moi. Mon chevalier.</p>
<p style="text-align:justify;">Depuis toujours, j&#8217;aime à donner des surnoms secrets aux gens. A leur insu, bien sûr. Les Yeux Extraordinaires ne m&#8217;ont jamais entendu les appeler comme ça. C&#8217;est juste un truc entre moi et moi. Une sorte d&#8217;éligibilité du cœur par un nom un peu mystérieux,puisque connu de moi seule. Lui n&#8217;échappe pas à la règle. Lui, il est le Chevalier. Pour Lui, je vais même plus loin. J&#8217;élabore un roman pour lui seul.  Il est l&#8217;unique héros de mon histoire. Une histoire tellement secrète que je ne l&#8217;écris pas. Pourtant je sais chaque péripétie, je sais chaque assaut de courage, je sais l&#8217;abnégation. Il se pare d&#8217;une aura un peu surréelle. Il devient mythologique, pourtant ancré dans une réalité extrêmement tangible. Le Chevalier. Rien ne lui va mieux que ça. Les cheveux longs sur les épaules, son air un peu  hors du monde parfois, enraciné pourtant, ses élans d&#8217;amour comme autant de flèches décochées, sa grande lucidité face à moi, au monde, sa justesse, sa droiture, &#8230; Il est vraiment l&#8217;archétype du Chevalier. C&#8217;est si facile de lui broder main des histoires. Je peine à me mettre en scène dans ces romans là. Son personnage parait au delà de ce que je pourrai me créer , me recréer. Je n&#8217;ai pas tellement ma place. Il est tellement&#8230; Il est trop&#8230; Je l&#8217;aime.</p>
<p style="text-align:justify;">A m&#8217;en mordre les lèvres pour ne pas lui crier. Je n&#8217;ai sûrement jamais aussi peu dit à quelqu&#8217;un ce que je ressentais vraiment. Je n&#8217;ai pas pour habitude de me livrer. Même si je parle beaucoup, sans arrêt en fait, je ne suis qu&#8217;en représentation. Je ne livre pas le fond de mes pensées. Même à lui. Surtout à lui. Parfois je me prends à espérer y arriver. Lui confier ce qui se passe à la maison. Sûre qu&#8217;il comprendrait. qu&#8217;il tenterait de m&#8217;aider même. Pourtant je reste muette. Peur qu&#8217;il réagisse par la pitié, ou une empathie trop extrême. Qu&#8217;il soit trop parfait.</p>
<p style="text-align:justify;">Je reste une petite fille qui a peur du noir, peur de l&#8217;inconnu, et par dessus tout peur du vide. Je n&#8217;ose pas me lancer dans ses bras, de peur qu&#8217;il ne me laisse tomber. M&#8217;écraser au sol. Souvent, je fais le même cauchemar, terrifiant. Je suis tout en haut d&#8217;une rue pentue. Je dois la traverser. J&#8217;arrive à faire quelques pas, quand d&#8217;un coup, le sol se dérobe sous mes pieds, et je tombe. Je tombe sans fin. Cette chute dans un silence complet semble durer des heures. La plupart du temps, je me réveille le front baigné de sueur, tremblante. Je mets longtemps à me rendormir après. Il faudra pourtant que je la traverse un jour cette rue. Mais pas maintenant. Pas tout de suite. Pas encore.</p>
<p style="text-align:justify;">Mon Chevalier. Tout pourrait être si simple. C&#8217;est moi qui complique inutilement notre histoire. Lui ne fait que m&#8217;attendre, à un rendez vous où je ne viens jamais. J&#8217;ai beau être avec lui, je suis souvent ailleurs. A force d&#8217;avoir grandi dans un chaos permanent, le calme me fait peur. L&#8217;assurance m&#8217;effraie. La solitude. Finalement je suis bien plus solitaire que je ne le crois. Sans le vouloir, sans l&#8217;avoir recherché vraiment, je suis solitaire. Solitaire à plusieurs. Peu de gens arrivent jusqu&#8217;à moi. Lui un peu. Du moins, ce que je lui laisse toucher. Je ne peux pas lui dire, et ça me bouffe. Mes envies de partir, d&#8217;ailleurs. Mes hésitations par douzaines. Ma soif d&#8217;amour. Ma faim de lui. Ma trouille immense.</p>
<p style="text-align:justify;">Se dire, à dix sept ans, j&#8217;ai trouvé l&#8217;homme de ma vie, ça foutrait à n&#8217;importe qui le vertige non? Plus encore à moi. Je n&#8217;ai que dix sept ans, nom de dieu. Je suis un bébé émotionnel. Je n&#8217;ai absolument pas les armes pour gérer ça. Je peux tenter d&#8217;avoir une relation saine avec lui, faire comme si on nous étions deux gamins vivant leur première amourette, mais je sais que c&#8217;est loin d&#8217;être le cas. C&#8217;est plus profond, plus intense que ça. Chaque mot échangé avec lui, chaque geste posé est une pierre dans l&#8217;édifice de nos vies, un peu de ciment qui restera là. Les moments où je lui fais du mal, où je fendille l&#8217;édifice, où je tente de le faire vaciller sont mes tentatives désespérées de me dire que tout ceci n&#8217;est qu&#8217;un jeu de gosses. De toutes mes tripes, je l&#8217;aime. Je pourrai faire n&#8217;importe quoi pour lui. J&#8217;en ai la capacité. Seulement, c&#8217;est complètement, absolument dingue. Notre relation est paranormale. Nous nous nourrissons l&#8217;un de l&#8217;autre, je le vampirise, sans doute.</p>
<p style="text-align:justify;">Puis, peu à peu&#8230; Un autre. Des coups de téléphone. Il est plus âgé. Ça me donne de l&#8217;importance. Il est visiblement très vite sous le charme. Je ne comprends pas bien pourquoi, mais je suis flattée. Et très vite, nous discutons de plus en plus. Je me mets à apprécier de plus en plus ces moments passés au téléphone avec cet autre. Je le vois de temps à autre. Il ne dit rien, mais je sais. Il a envie qu&#8217;il se passe quelque chose. Même s&#8217;il est plutôt peu loquace, je comprends. Il a beau se dire mon ami, il a en tête bien autre chose. La fin d&#8217;année arrive à grand pas. Et avec elle, le voyage de fin d&#8217;études.</p>
<p style="text-align:justify;">Le Chevalier et moi,ensemble, sept jours. Sept jours dans la même chambre, à dormir ensemble. A faire l&#8217;amour. A être des amoureux. Je vis mes dernières heures à ses côtés. Je le sais, et je veux en profiter. Fixer pour un long moment encore la sensation de mes mains dans ses cheveux,de ses lèvres sur les miennes, de sa peau&#8230; Ma décision  est prise. Je vais me donner à cet autre. Je ressens pour lui quelque chose, de plus doux, de plus tendre,de plus serein. Une sorte de tranquille attirance. Et l&#8217;assurance qu&#8217;avec lui, c&#8217;est une porte ouverte pour m&#8217;évader. Il a un boulot, il est plus âgé, déjà installé dans la vie. Il ne va plus tarder à prendre un appartement. Il m&#8217;aime. C&#8217;est l&#8217;assurance du confort. Un truc moelleux, sans surprise et sans grand risque. Ca me sécurise, je sens qu&#8217;avec lui je vais enfin pouvoir échapper à ma mère. C&#8217;est en toute conscience que je l&#8217;embrasserai, Lui,le Chevalier une dernière fois dans cet aéroport, lui disant la fin de notre histoire, abruptement. C&#8217;est en toute conscience que je embrasserai cet autre, quelques heures plus tard, dans cette voiture garée devant chez moi, sur un fond de musique électronique. C&#8217;est en toute conscience que je coucherai avec lui, une dizaine d&#8217;heures plus tard , scellant ainsi définitivement le chapitre de mon Chevalier. Je suis allée trop loin cette fois. Il ne sera pas possible de revenir en arrière. Je dois lui dire adieu. Je l&#8217;ai perdu. Pour toujours.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est quand je le croise quelques jours plus tard, que j&#8217;en ai confirmation. Ce mot. Ce seul mot qu&#8217;il m&#8217;a dit, résonne encore à mes oreilles. Emplit tout l&#8217;espace de sa dureté et de son irrémédiabilité. Il m&#8217;a regardé dans les yeux, Lui. Mon Chevalier. Il m&#8217;a dit.</p>
<p style="text-align:justify;">Salope.</p>
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		<title>#33: Sansan</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Nov 2010 20:06:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>missstere</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sansan. Ma mère. Il va encore être question d&#8217;elle. Il est toujours question d&#8217;elle, d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre. C&#8217;est dans sa nature, elle ne peut pas s&#8217;en empêcher. Automatiquement, les regards se tournent vers elle. Séductrice, elle est loufoque, grande gueule, amusante à ses heures. Elle les fascine tous. Les hommes, évidemment. Mais même [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=325&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Sansan. Ma mère. Il va encore être question d&#8217;elle. Il est toujours question  d&#8217;elle, d&#8217;une manière ou d&#8217;une  autre. C&#8217;est dans sa nature, elle ne peut pas s&#8217;en empêcher. Automatiquement, les regards se tournent vers elle. Séductrice, elle est loufoque, grande gueule,  amusante à ses heures. Elle les fascine tous. Les hommes, évidemment. Mais même mes potes sont sous le charme. Ils adorent son personnage un peu barré, louent ma chance d&#8217;avoir une mère aussi cool. Ma mère n&#8217;est pas cool, elle a simplement une maladie mentale sérieuse qui lui donne des moments de grande exaltation où elle est capable d&#8217;être terriblement drôle, imprévisible, géniale. <span id="more-325"></span>Seulement, ce qu&#8217;ils ne voient pas, c&#8217;est les périodes de grand abattement qui suivent, ces jours là où je dois l&#8217;habiller parce qu&#8217;elle n&#8217;a pas la force de le faire elle même, ces nuits là où je ne dors que d&#8217;un oeil parce que je l&#8217;ai encore vue jouer avec des cachets et de l&#8217;alcool d&#8217;un peu trop près. Ils ne savent pas les heures éclairées d&#8217;une lune blafarde, où je change le seau à côté de son lit, où je prends dans mes bras cette chair moite et molle comprimée par la nuisette en satin. Ils ne savent pas tout ça. Je ne sais même pas s&#8217;ils seraient en mesure de deviner. Je crois que pour certains d&#8217;entre eux, les plus proches, un morceau de l&#8217;iceberg pointe. Ils ne mesurent probablement pas toute la portée de ce qu&#8217;est vivre avec ma mère, mais ils ont peut être une espèce d&#8217;intuition, que ce n&#8217;est pas simple. La plupart ne perçoivent rien de ça. Ils ne voient que le côté fun de ma mère, son absence apparente de barrière, cette liberté totale qu&#8217;elle semble me donner. C&#8217;est vrai que je suis libre de mes mouvements, presque autant que de mes actes. Je peux sortir quasi à ma guise, moyennant certaines formalités: dire où je vais, et donner une heure approximative de retour. Mais je suis en prison. Ma prison, c&#8217;est moi. Je ne peux pas sortir de moi, pas trop. Ne pas montrer, se montrer. Maitriser. J&#8217;ai bien trop peur d&#8217;être comme elle, alors je tente de bien baliser.</p>
<p style="text-align:justify;">Autant elle est sans retenue, autant je fais le jeu des masques. J&#8217;ai l&#8217;air un peu comme elle, un peu expansive, ce n&#8217;est qu&#8217;un jeu. J&#8217;entends à quel point mes copains l&#8217;apprécient. Mes copines aussi. Mais surtout les mecs. Avec eux, elle ne peut s&#8217;empêcher de jouer un peu le jeu de la séduction. Résultat, au lieu de la trouver ridicule, cette femme qui a vingt bonnes années de plus qu&#8217;eux, au lieu de la trouver pathétique, au lieu de se moquer, ils la trouvent attirante. Certains m&#8217;avoueront même envoutante. Je ne sais d&#8217;où lui vient cette espèce de charme qu&#8217;elle dégage, mais je l&#8217;envie. A côté d&#8217;elle, je n&#8217;existe pas. Je ne suis qu&#8217;un embryon, une chose un peu laissée dans un coin quand elle rayonne. Je la déteste pour ça , puis je me déteste de la détester. C&#8217;est ma mère. Je dois, je suis censée l&#8217;aimer. Seulement qui de nous deux tient le mieux sa place, son rôle? Est ce que draguer le petit ami de sa fille est normal? Est ce que finir par coucher avec lui l&#8217;est? C&#8217;est bien ce qu&#8217;elle fait pourtant.  En mentant, en  niant l&#8217;évidence. Avouer n&#8217;est pas dans ses cordes. Je peux le comprendre lui. Fasciné par  une femme mûre, l&#8217;assurance de plaire à quelqu&#8217;un  dont les goûts et les désirs sont affirmés, la certitude d&#8217;être l&#8217;objet d&#8217;une envie consciente et précise, et pas juste le produit fantasmé de premiers émois un peu maladroits, malhabiles. C&#8217;est tentant pour l&#8217;égo. Et elle&#8230; Elle j&#8217;imagine que c&#8217;est une preuve ultime à elle même, &#8230; Finalement, elle a toujours besoin de se prouver des choses. Quoi de plus probant que de séduire un jeune homme, bien plus jeune que vous, dont le cœur est acquis ailleurs, et qui plus est par de la chair fraiche et ferme ?  Que j&#8217;aie été cette fille, cette chair, n&#8217;est qu&#8217;un détail. Que j&#8217;aie été sa fille à elle, une minuscule erreur de calcul&#8230; Je n&#8217;ai pas les détails, mais je sais qu&#8217;ils ont fini la nuit ensemble. J&#8217;aurai du m&#8217;en douter. Ils étaient tous le temps fourrés ensemble. Elle prenait sans arrêt sa défense, mettant en exergue ma cruauté envers ce pauvre garçon qui m&#8217;aimait tant. Qui m&#8217;aimait tellement que c&#8217;est avec elle qu&#8217;il passait le plus clair de son temps. Que leurs blagues, leurs messes basses à mon approche, que tous ces regards bizarres et chargés de sous entendus, j&#8217;aurai du savoir.  Elle est si&#8230; Elle est tout ce que je ne suis pas. Elle met le monde à ses pieds en un seul regard. Quand elle passe, les yeux se fixent sur elle. Et elle a une superbe façon de donner l&#8217;air de s&#8217;en foutre&#8230; Je crois que c&#8217;est ça qui fait son petit plus. Séduire sans avoir l&#8217;air d&#8217;y toucher.</p>
<p style="text-align:justify;">Je ne sais plus comment être avec elle. Sans elle. Comme elle? J&#8217;aimerai moi aussi qu&#8217;on associe à moi des mots comme envoutante. J&#8217;aimerai que mon balancé de hanches fasse tourner les têtes. J&#8217;aimerai posséder ce curieux regard qu&#8217;elle a, longs cils frangeant ses jolis yeux bleus, un peu par en dessous, coquin, équivoque.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;aimerai me dissocier d&#8217;elle, vraiment. Parce que je sais, d&#8217;une manière à peine consciente, qu&#8217;elle n&#8217;est pas bonne pour moi, qu&#8217;avec elle je n&#8217;arriverai pas à respirer. Au delà des expériences bizarres qu&#8217;elle me fait vivre, au delà de notre vie déjantée, c&#8217;est elle, ce qu&#8217;elle est au plus profond qui est en train de me détruire, de m&#8217;étouffer.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce n&#8217;est pas seulement les nuits à hurler sur elle, à lui donner des baffes pour tenter de la garder consciente, ce n&#8217;est pas seulement les coups de téléphone nocturnes, la police qui débarque dans le salon, leurs godillots pleins de boues, ne prenant pas même la peine de les essuyer sur le paillasson&#8230; Pas grave, Sansan donnera un coup de torchon demain en rentrant de l&#8217;école, ou bien le matin avant d&#8217;y aller. Qu&#8217;importe s&#8217;il est quatre heures du matin et que le réveil sonne dans deux heures. De toutes façons, ça fait un moment que je n&#8217;arrive plus à glisser dans un sommeil tranquille. J&#8217;ai des périodes entrecoupées, hachées de repos, quand vraiment je tombe en éclats. J&#8217;ai pris l&#8217;habitude de dormir très au bord du lit, comme ça, si j&#8217;entends un bruit, si l&#8217;on m&#8217;appelle, je suis prête. Je n&#8217;ai qu&#8217;à rouler légèrement sur le côté, et je suis debout.</p>
<p style="text-align:justify;">Offrir mes épaules à son mec vacillant, faire du café, cacher les médocs, sont devenues pour moi des activités aussi ordinaires que prendre un petit déjeuner. Ou aller à l&#8217;école.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;alcool. L&#8217;alcool est au cœur de la maison. Quelle ironie ! Quand on sait que mon père n&#8217;a pas prolongé le séjour avec nous pour ça, qu&#8217;elle ne le supportait pas&#8230; Son mec est alcoolique. Elle n&#8217;en est pas loin. Elle est un peu plus coquette que ça. Elle préfère les drogues, c&#8217;est plus chic. Gober quelques cachets d&#8217;un air languissant, c&#8217;est tout de suite plus glamour que s&#8217;enfiler une bouteille de vodka. Son addiction est encore supportable. Au moins quand elle est shootée, elle est gentille. Un peu trop. Mais à tout prendre, c&#8217;est plus agréable. Elle n&#8217;a de cesse de prouver son affection en des câlins tentaculaires, tendant ses grosses lèvres avides pour embrasser mes joues. Bien que ce contact me répugne, je laisse faire. Pas le choix. Et ça pourrait être pire. Par contre, son mec, son homme&#8230; De pleutre il est devenu amorphe, un véritable déchet. Et de nombreuses cures n&#8217;y arrangeront rien. Son problème, son vrai problème n&#8217;est pas qu&#8217;il ne sait pas arrêter de boire, non. Il ne sait pas arrêter de baiser ma mère.</p>
<p style="text-align:justify;">S&#8217;il pouvait lui dire stop. S&#8217;il pouvait se libérer d&#8217;elle. Mais il n&#8217;y arrive pas. Et il boit. Elle ne le supporte plus. Lui pose des ultimatums, crise après crise. Ultimatums jamais respectés, mais qu&#8217;importe. Jusqu&#8217;au jour où elle passe à la vitesse supérieure. Il faut qu&#8217;il comprenne. Il est sous médication, censé l&#8217;empêcher de boire. Logiquement, s&#8217;il prenait ses cachets, il devrait être tellement malade à l&#8217;absorption de la moindre goutte que ça devrait le dissuader de boire. Il ne les prend pas. Il continue de se bourrer la gueule. Ça commence. Elle lui prépare un verre de jus d&#8217;orange, me demande de lui apporter. Si c&#8217;est toi qui lui donne, il ne refusera pas dit elle. J&#8217;ai cru voir quelque chose, mais non&#8230; Elle ne ferait pas ça&#8230; Je secoue la tête, et j&#8217;y vais. Une affreuse nuit suit pour lui. Je crois qu&#8217;il va crever, supplie ma mère d&#8217;appeler un médecin, quelqu&#8217;un. Elle refuse. J&#8217;ai peur, je n&#8217;ose pas le quitter des yeux. Le jour finit par arriver, il s&#8217;est endormi. Je pars à l&#8217;école, la peur au ventre encore. Est ce que j&#8217;ai bien vu? Est ce que je n&#8217;ai pas inventé ? Est ce que vraiment j&#8217;ai vu ces gélules ouvertes au dessus de son verre?  Peut être que la fatigue, le stress me font imaginer des choses&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Jusqu&#8217;au jour où. Ça recommence. Et cette fois, elle ne se cache pas pour moi. Disulfirame. Ce fameux traitement qu&#8217;il doit prendre, qu&#8217;il ne prend pas. Qui combiné à l&#8217;alcool a des effets plus que dévastateurs. Elle lui en donne intentionnellement pour le rendre malade. Je n&#8217;arrive pas à mettre de mot sur ce qu&#8217;elle fait, même si je connais ce mot. Il n&#8217;y en a qu&#8217;un possible: empoisonnement. Sansan. Je ne peux, ne veux être sa fille. Pourtant dans le miroir, tout me rappelle elle. Plus le temps passe, plus c&#8217;est évident. Parfois derrière mes yeux je vois briller l&#8217;éclat de son regard. Sa folie. Suis comme elle? Suis je folle? Le serais je un jour?</p>
<p style="text-align:justify;">Je crois que je ne veux pas le savoir. Je sais. Que si je veux m&#8217;en sortir, si je veux être, il va falloir que je parte. Très vite. Très loin.</p>
<p style="text-align:justify;">Et surtout, ne jamais revenir.</p>
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		<title>#32: Mam&#8217;zelle Didi</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 21:02:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>missstere</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Changer. Changer de mec, c&#8217;est changer d&#8217;habitudes. Et de surnom en l&#8217;occurrence pour moi. Pour elle, c&#8217;est souvent aussi l&#8217;occasion de tout remettre à plat. De tenter un truc différent. Tout ça parce qu&#8217;elle a retrouvé, par hasard, un ancien flirt, même pas flirt d&#8217;ailleurs. Un homme qu&#8217;elle a vaguement dragué, qui lui n&#8217;aurait pas [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=320&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Changer. Changer de mec, c&#8217;est changer d&#8217;habitudes. Et de surnom en l&#8217;occurrence pour moi. Pour elle, c&#8217;est souvent aussi l&#8217;occasion de tout remettre à plat. De tenter un truc différent. Tout ça parce qu&#8217;elle a retrouvé, par hasard, un ancien flirt, même pas flirt d&#8217;ailleurs. Un homme qu&#8217;elle a  vaguement dragué, qui lui n&#8217;aurait pas demandé mieux à l&#8217;époque que d&#8217;avoir une histoire avec elle. Mais il était en couple. Elle aussi. <span id="more-320"></span>Une passion commune, du moins quelque chose qui les occupe, et les rapproche. Des frôlements, des sourires, un baiser une fois comme tombé du ciel, et puis c&#8217;est tout. Affaire classée. Ça remonte à avant ma naissance. Et puis, un jour, elle retombe sur lui. Totalement par hasard. Je le crois du moins. Elle est disponible maintenant. Son dernier, elle a fini par le laisser tomber. Dans les cris et les larmes et entre deux cures, elle a effacé le tableau noir. J&#8217;en suis soulagée. Elle est plus sereine, plus calme. En réalité, elle est en phase d&#8217;hibernation. Elle se repose, histoire d&#8217;économiser ses forces. Elle en a un en tête, et il va lui demander de déployer des trésors d&#8217;énergie et d&#8217;inventivité. Il est marié.</p>
<p style="text-align:justify;">Marié. Rien à faire. Ça ne change pas du tout son avis, ni ses objectifs. Elle le veut, elle l&#8217;aura, point barre. Pour lui, elle s&#8217;inscrit dans un club de plongée. Il faut bien se représenter ma mère, se moulant dans sa combinaison, avec à peu près autant de grâce qu&#8217;un lamantin dépressif. Des manœuvres, ds tentatives de séduction bizarroides. Mais il est particulier. Particulièrement timide. Et qu&#8217;une femme à forte personnalité comme ma mère s&#8217;intéresse à lui, au moins assez pour le suivre dans une de ses passions, ça le scotche. Il est flatté. Son égo gonfle sous la combinaison. D&#8217;un verre pris après la séance de plongée, ils passent à deux.</p>
<p style="text-align:justify;">Puis un jour, un parking, désert, et ça y est. Elle l&#8217;a eu. Ça ne lui suffit pas. Elle ne se contentera pas de quelques étreintes automobiles. Elle le veut entièrement. Ils commencent une liaison, dans tout ce que ça a de plus abominable: mensonges, dissimulation, trahisons, rendez vous secrets, sexe bon marché à l&#8217;arrière des parkings. Il s&#8217;étiole dans cette relation. Mais elle le pousse à bout. Je ne sais pas de quels arguments elle use, mais un  jour, il finit par tout dire à sa femme. Et la quitte. Sa femme et ses trois gosses, sa maison. Ni une ni deux, il s&#8217;installe chez nous. Elle jubile. Elle est parvenue à ses fins. Décrocher la timbale. Alors que tout le monde prédisait la fin de leur histoire d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre. Que tout le monde répétait qu&#8217;il ne quitterait pas sa femme, jamais&#8230; Il l&#8217;a fait. Pour elle.</p>
<p style="text-align:justify;">Bien entendu, cet état de grâce ne dure pas. Il a perdu de son sex appeal en ôtant son  alliance. Ce n&#8217;est plus un mec à conquérir,une proie à arracher à d&#8217;autres bras, c&#8217;est juste un mec gentil. Banal. Affreusement normal. Évidemment, maintenant qu&#8217;elle a bousillé sa vie et son couple, elle ne peut pas le renvoyer. Pas comme ça. Alors, petit à petit, elle va le détruire. J&#8217;assiste à tout ça, impuissante. Je l&#8217;aime bien. Enfin, je n&#8217;ai rien de particulier contre lui. Ca me semble juste être un pauvre type pris dans un filet trop efficace pour lui. Il ne sait pas bien comment se comporter avec moi. Comment gérer une ado qu&#8217;on a connue tout bébé? Qu&#8217;on appelait Didi?Une gamine dont on a torché les fesses et qui maintenant est une jeune fille? Rapport forcément compliqué. J&#8217;en profite.</p>
<p style="text-align:justify;">Puisqu&#8217;il ne prend pas de position claire, je joue avec la ligne floue. Il n&#8217;ose pas se comporter comme un adulte autoritaire, ne peut pas être un pote pour moi. Il est une sorte de toutou. C&#8217;est triste à dire mais c&#8217;est ça. Il la suit partout, sur tous les fronts. Il n&#8217;est à l&#8217;initiative de rien, jamais. Il ne prend pas de décision. Il ne fait rien sans lui en avoir parlé d&#8217;abord. Elle l&#8217;a émasculé.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour compenser, il prend un verre. Puis deux. Les bouteilles commencent à passer. Elle ne s&#8217;en rend pas forcément compte. Elle l&#8217;accompagne. Je vois tout ça d&#8217;un peu loin. Je pressens ce qui va arriver. Leur première dispute, je savais qu&#8217;elle aurait lieu avant eux. Je l&#8217;ai vue au tressaillement qu&#8217;il a eu quand elle approché sa main de son verre pour le mettre à la vaisselle. A l&#8217;hésitation de sa bouche, quand il a voulu former le mot non. A l&#8217;affaissement de ses épaules quand il a finalement renoncé. J&#8217;ai entendu les cris, la porte qui claque. La voiture qui démarre. C&#8217;est une scène à laquelle je vais devoir m&#8217;habituer, je le sais. Qui se répètera, encore et encore. Il est malheureux, pourtant il reste. Il n&#8217;a pas le choix. Elle a posé une option sur lui, a fondu sur sa proie, l&#8217;a englouti. Maintenant, il ne peut faire que s&#8217;étouffer lentement.</p>
<p style="text-align:justify;">Je n&#8217;aime pas assister à ça. Seulement je n&#8217;ai pas vraiment le choix. Il me faut bien faire comme si. Je ne voyais rien, j&#8217;étais ailleurs. Les sorties au milieu de la nuit, les clés que l&#8217;on jette dans l&#8217;allée, le moteur qui vrombit, les coups de fil intempestif&#8230; Il a fait un accident. Encore. La voiture garée dans l&#8217;allée le lendemain, comme si de rien n&#8217;était. Un phare cassé, ou une portière abimée. Parfois c&#8217;est sur lui que l&#8217;on décèle les stigmates de la nuit. Un coquard, des égratignures&#8230; Inexplicables. Il n&#8217;y a besoin d&#8217;aucun justificatif. Je comprends. J&#8217;entends. Parfois c&#8217;est moi qui ramasse les morceaux. Réveillée, secouée en pleine nuit. Obligée de me lever, de tenir.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fois, le fracas a été tel que les voisins ont été alertés. Ils sont venus voir. Et il a fallu mentir, trouver un subterfuge. Ma mère trop occupée à l&#8217;engueuler ou à l&#8217;embrasser, je ne sais pas bien, c&#8217;est moi qui dois inventer quelque chose. Je ne trouve rien de mieux à dire que &#8220;ce n&#8217;est rien&#8221;. Ce n&#8217;est pas rien, justement. Mais qu&#8217;est ce que je peux dire d&#8217;autre?</p>
<p style="text-align:justify;">Évidemment, ça a aussi ses petits avantages. Il est facile pour moi de faire à peu près ce que je veux. Je sais que je peux profiter de ce mal à l&#8217;aise avec moi pour obtenir ce que je veux. Il intercédera toujours auprès de ma mère si je lui demande un truc. Ça m&#8217;ennuie un peu, parce que ça revient à faire de la manipulation pure et simple, mais à la guerre comme à la guerre, non? Alors puisqu&#8217;on me donne des armes pour le faire,pourquoi se gêner? Après tout, c&#8217;est un adulte, je ne suis qu&#8217;une ado. Obtenir des autorisations de sortie, même en semaine, devient de plus en plus facile.Il n&#8217;ose pas refuser, il n&#8217;ose pas s&#8217;opposer. Il essaie de  me plaire. J&#8217;en profite pour voir mes potes, ses potes, le plus possible.</p>
<p style="text-align:justify;">M&#8217;échapper de chez moi est quasi vital à ce moment là. Je ne pense pas qu&#8217;aucun en aie conscience. Ils retiennent surtout de moi je crois que je suis ingérable. Que je fais souffrir leur pote. Parce que je ne sais pas comment l&#8217;aimer. Je n&#8217;arrive pas à faire simple. J&#8217;aimerai me perdre dans ses bras pour l&#8217;éternité, j&#8217;aimerai goûter à ses lèvres pour toujours. Et en même temps, j&#8217;ai tellement l&#8217;impression affreuse de ne pas le mériter. Qu&#8217;il est bien trop^bien pour moi. Je crie mon besoin d&#8217;amour depuis des lustres, toujours, partout, et je suis incapable de me laisser aimer, ne fut ce qu&#8217;un peu, sereinement. Il a beau être très patient, supporter mes coups de gueule, mes grandes envolées, mes mots durs, je le vois jour après jour s&#8217;enfoncer. Je lui fais du mal sans le vouloir, alors que je ne désire que son bien. C&#8217;est paradoxal. Nous avons tout pour être heureux, bien ensemble. Une complicité de dingues, un amour fort, une sorte de connexion établie entre nous par on ne sait quel miracle, ce n&#8217;est pas suffisant. Tout mon amour, tout son amour n&#8217;y suffisent pas. Malgré tout, nous vivons ensemble de ces heures lumineuses, de ces minutes de bonheur comme il y en a peu. Des heures passées dans sa chambre, tous les deux. A faire l&#8217;amour ou à discuter. Quoi qu&#8217;on fasse, je sais que nous sommes ensemble, c&#8217;est ce qui compte. Parfois encore, j&#8217;ai un peu de mal à le laisser approcher, il comprend.</p>
<p style="text-align:justify;">Avec lui souvent les phrases s&#8217;ébauchent, mais on ne les termine pas. Pas une sorte de pudeur peut être. Parfois aussi parce que c&#8217;est inutile. pourquoi lui dire que je l&#8217;aime? Que je l&#8217;aime de plus en plus? Que j&#8217;ai toujours envie de lui&#8230; De son corps, de son âme, de tout ce qui fait son essence. Il peut le lire au fond de mes yeux. Ce serait superflu. Les autres ne voient pas ça. Pour eux, je ne suis pas celle là. Je ne suis pas celle qui l&#8217;aime à en crever. Je suis celle qui lui fait du mal. Qui peut le rendre heureux parfois, mais à quel prix?</p>
<p style="text-align:justify;">Rien n&#8217;est jamais dit clairement, mais je sens qu&#8217;il y aura toujours une méfiance par rapport à moi. Même si être avec eux est un des trucs les plus chouettes que j&#8217;ai vécu jusque là. Des moments de pure déconne, entrecoupés de discussions, des grands rires qui partent n&#8217;importe quand, &#8230; J&#8217;ai besoin de ces pauses là. J&#8217;ai besoin d&#8217;aller me balader dans la campagne en pleine nuit. J&#8217;ai besoin de jouer aux jeux videos, même si j&#8217;y suis complètement nulle. J&#8217;ai besoin de ces instants de stress comme quand l&#8217;un deux avait fait basculer la friteuse sur sa chemise, éclaboussant de graisse toute la cuisine, nous faisant trembler de l&#8217;engueulade à venir. De nous tous épongeant le carrelage avec l&#8217;essuie tout, à genoux, moitié riant, moitié paniquant.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai besoin d&#8217;eux.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai besoin de nous.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai besoin de lui.</p>
<p style="text-align:justify;">Mam&#8217;zelle Didi est prête à toutes les manipulations pour ça. Pour aller passer le week end avec eux. Pour partir.</p>
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		<title>#31: Jolie demoiselle</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Nov 2010 21:17:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>missstere</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les mois ont passés. La bande devient moins au centre de nous. Lui et moi sommes redevenus amis. On n&#8217;a plus jamais parlé de ce baiser. Je continue à lui parler de moi, de ce mec qui finira par me rendre dingue, c&#8217;est sûr. Il est patient, doux. Il écoute. Sans que je le sache, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=317&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Les mois ont passés. La bande devient moins au centre de nous. Lui et moi sommes redevenus amis. On n&#8217;a plus jamais parlé de ce baiser. Je continue à lui parler de moi, de ce mec qui finira par me rendre dingue, c&#8217;est sûr. Il est patient, doux. Il écoute. Sans que je le sache, il m&#8217;apprivoise. Il sait comment me parler, comment me prendre. C&#8217;est précieux. Sans que je m&#8217;en aperçoive, il se rend nécessaire. Il m&#8217;aide pour des petites choses. Me rappelle des trucs à faire,alors que je suis si étourdie. Me ramène les pieds sur terre. Me calme.<span id="more-317"></span> En sa présence, je m&#8217;apaise complètement. Je commence à l&#8217;envisager. Quand il m&#8217;a embrassée, je n&#8217;étais pas prête. Je ne pouvais pas. Pas assez sûre de moi pour pouvoir lui faire confiance. Pas envie de gâcher notre amitié. Son support sans failles. Mais maintenant&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">On fait nos devoirs, il m&#8217;explique un truc de mathématique. Encore. Je n&#8217;y comprends rien, comme toujours. Et ma main se pose sur la sienne. Comme une évidence. A partir de là, tout est scellé. Nous sommes ensemble. On est inséparables. indissociables. En classe, il pose sa main sur ma cuisse, pour ne pas que le professeur nous voie. On a besoin d&#8217;être en contact physique permanent. Que ce soit nos mains nouées, une épaule contre lui, nous avons besoin d&#8217;être reliés. Je n&#8217;ai jamais vécu cet intime là. avoir besoin de la peau, de la chair de quelqu&#8217;un, sans y réfléchir, sans en être terrorisée. Ce n&#8217;est pas seulement du désir, c&#8217;est aussi la sensation que nous formons ensemble, réunis, une bulle.</p>
<p style="text-align:justify;">Il ne m&#8217;appelle pas par mon prénom. Il murmure tout bas: jolie demoiselle. Ça me fait gonfler le cœur, ça me retourne. A part lui, personne ne me dit jamais que je suis jolie. Avec lui, tout est simple, fluide. On passe des heures ensemble. jamais de disputes, jamais un mot plus haut que l&#8217;autre. Une fois que j&#8217;entre sur son nuage, plus rien ne nous atteint. On monte dans sa chambre. Il m&#8217;explique ses jeux sur l&#8217;ordi. Je m&#8217;y mets, pour lui faire plaisir, pour partager un peu de lui. Je découvre sa passion pour ce chanteur homonyme. Il me fait découvrir une chanson qui m&#8217;arrache des larmes chaque fois que je l&#8217;écoute. Après toutes ces années, les premières notes de celle ci me mettent encore l&#8217;eau au bord des cils. Il a une sensibilité extrême. C&#8217;est ce que j&#8217;aime en lui. Il est Lui. un être spécial, à part, rien qu&#8217;à moi. Il n&#8217;y a que moi qui le voie comme ça. Comme il est. étrange et doux, gentil et passionné, profond et amoureux. Son premier je t&#8217;aime se faufile vers moi comme une caresse. Comme quelque chose de tout à fait naturel, et splendide. On parle beaucoup, et très peu à la fois. Un jour, il finit par me confier la vérité. Ce baiser dans le car, celui qui m&#8217;a tant fait d&#8217;effet, celui que je n&#8217;ai jamais réussi à oublier, c&#8217;était son tout premier. Avant moi, il n&#8217;y en avait pas eu d&#8217;autres. Vertige, fierté idiote, contentement imbécile. mais surtout, j&#8217;ai été touchée. Emue. Et j&#8217;ai pris peur. Ce garçon, je voudrais ne jamais lui faire de mal. Pourtant, je sais que c&#8217;est inévitable. Viendra un moment où je le briserais. Je ne peux pas m&#8217;en empêcher. Je casse toujours mes jouets les plus précieux. Je me déteste déjà pour ça. encore entre ses bras, je me hais d&#8217;avance pour ces moments où je n&#8217;y serai plus.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Ne plus penser. Etre entre ses bras, et oublier le reste. Il a un don certain pour me faire me sentir bien. Avec lui, c&#8217;est simple. Facile. On se voit tous les jours de semaine à l&#8217;école. On profite des récréations pour quelques baisers volés. On passe nos temps de midi ensemble. Pas tous. Pas tout le temps. Mes copines me réclament aussi quelquefois. Et je ne veux pas lui donner tout mon temps. Pas trop de moi. Il en a déjà bien assez. Je ne veux pas qu&#8217;il me connaisse trop. Peur qu&#8217;il me laisse s&#8217;il savait tout de moi. J&#8217;aime bien qu&#8217;il sache que je ne suis pas tout le temps facile pour lui. Pas tout à fait toujours accessible.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis en train de vivre la relation la plus simplement belle de mon existence. Je ne le sais pas encore. C&#8217;est mon premier amour, et je ne le sais pas. Je refuse un peu. Je me braque un peu. Je ne peux pas me donner tout à fait. Pourtant, il est avec moi d&#8217;une patience d&#8217;ange. Il me pardonne tout. Il rit de mes extravagances, il comprend mes moments anthracites. Quand sourire devient compliqué. Nos corps se rapprochent. Les baisers s&#8217;approfondissent. Les mains osent. Les peaux s&#8217;aimantent. On ne parle pas vraiment de ce qui va se passer très bientôt. Lui, je ne sais pas où il en est. Moi, c&#8217;est loin d&#8217;être une première. Mais avec Lui. C&#8217;est spécial. Pourtant, c&#8217;est un jour comme un autre, sans l&#8217;avoir décidé, un jour où on est chez des potes à lui. Où l&#8217;on dort l&#8217;un près de l&#8217;autre. Une habitude commencée voici quelques semaines: des soirées à tour de rôle chez l&#8217;un ou chez l&#8217;autre, et pour ne pas rentrer trop tard, on dort tous là. Ca sécurise les parents. Et nous ça nous permet de ne pas avoir de réel couvre-feu. Ma main dans la sienne s&#8217;égare un peu. Nous nous embrassons. C&#8217;est très tendre, un peu diffus. Les quelques verres descendus au cours de la soirée nous maintiennent dans un brouillard confortable et sensuel. C&#8217;est une jolie pause de douceur. Ce qu&#8217;il faut de maladresse, de doux, d&#8217;amoureux. Entre ses bras, je me sens bien. Juste ça. Juste bien.</p>
<p style="text-align:justify;">Il fait partie des rares relations de ma vie qui n&#8217;a pas besoin des mots. Etrange, moi qui aime le verbe à ce point, les plus belles histoires qui se sont écrites auront été des histoires sans paroles. Peut être parce que chez moi le dire est un tel besoin, dévorant, que j&#8217;admire cette espèce de paix à laquelle on parvient quand les mots sont inutiles. Que finalement, ils en tirent toute leur beauté. Dénudés de leur fonction première, ne reste que l&#8217;esthétique du son.</p>
<p style="text-align:justify;">Jolie demoiselle. Pour lui, je suis un peu plus que la fille parfois un peu grande gueule qui rit bien fort au milieu des garçons. Plus que la fille qui ne peut pas s&#8217;empêcher de l&#8217;ouvrir en classe, de lever le doigt, de se faire remarquer. Et qui parfois, se retrouve dehors, assise dans le couloir, insupportablement insolente. Plus que la fille nulle en math et en sciences et qui ne fait rien pour s&#8217;améliorer. Plus que la fille qui profite honteusement de ses facilités dans toutes les branches littéraires pour ne pas en caler une. Plus que ça. Je suis un peu une princesse avec lui. Le côté gnangnan en moi. Une princesse moderne. Il me laisse être fragile, tout en n&#8217;excusant pas mes caprices. Il me laisse être forte, tout en me permettant les larmes. Il me donne la plus grande liberté qui soit: être moi. Plus le temps passe, plus nous est évident. Peut être trop. Je nous vois déjà, dans quelques années&#8230; Mariés, un chien, un labrador sûrement. Une pelouse bien verte, des hortensias. Je crève de trouille. Je ne sais pas très bien ce que je ressens pour lui au fond. J&#8217;ai tellement peur de passer à côté de quelque chose, de ma vie peut être. Je me suis souvent plantée avec les gens. A croire que je n&#8217;ai pas les bonnes cartes, les bons chemins. Pourtant, je continue. Le quitter est impossible. Rester avec lui est effrayant. Rester avec lui est ce que je dois faire. Parce que je l&#8217;aime. Je ne le sais pas, mais je l&#8217;aime.</p>
<p style="text-align:justify;">Depuis cette fameuse nuit, il est plus hardi. Il exprime son désir de moi. Qui peut le prendre à des moments incongrus, et j&#8217;adore ça. Qu&#8217;il me le dise tout bas, à l&#8217;oreille, en plein cours. J&#8217;adore sentir mes joues s&#8217;empourprer. J&#8217;adore imaginer tout à l&#8217;heure, prendre le bus jusque chez lui, la clé dans la serrure, monter les marches, les vetements dont on se débarasse en hâte. J&#8217;aime après rester contre lui, ses épaules osseuses, ma main caressant la pointe de ses hanches, ou trainant dans ses cheveux. Il arrive parfois qu&#8217;on prenne une douche ensemble. Le gel douche glissant de mes mains à sa peau, et vice versa. Sages comme des images, sous l&#8217;eau. Fermer les yeux, juste sentir la proximité de nos deux corps, adolescents encore, s&#8217;épanouissant doucement. L&#8217;eau nous rend timides, platoniques. Même si l&#8217;on commence à se connaître bien, on reste encore un peu empruntés, un peu maladroits face à l&#8217;autre. Toute la complexité est là: il y a une frontière invisible entre nous. Un mur de coton. On voit au travers, mais on ne peut se résoudre à le déchirer. A passer outre.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;essaie de ne pas me poser trop de questions. Avancer. Ma main dans la sienne. Je n&#8217;ai jamais été plus forte, ni plus cassable qu&#8217;avec lui. Je pourrai très bien me briser comme du verre, éclatée en mille morceaux s&#8217;il le décidait. s&#8217;il voulait me faire de mal. Moi qui m&#8217;ultraprotège, qui me barde, me balise de tas de protections, je sais qu&#8217;avec lui, je suis nue. Dans tous les sens du terme.</p>
<p style="text-align:justify;">Il ne vient pas souvent chez moi. Je préfère, et de loin, qu&#8217;on aille chez lui. Pas seulement pour des raisons pratiques, parce que c&#8217;est plus près, etc. C&#8217;est surtout que je n&#8217;aime pas trop mélanger le monde de la maison, et notre monde à nous. Nous deux n&#8217;a pas besoin d&#8217;être sali. Pollué par les cris, les larmes, la folie, les névroses.</p>
<p style="text-align:justify;">On souffrira bien assez tôt. C&#8217;est forcé. Alors, tant que faire se peut, tenter de le préserver, de nous préserver, de rester à l&#8217;écart.</p>
<p style="text-align:justify;">Il m&#8217;a présentée, forcément, à tous ses potes de quartier. Je suis admise, peu à peu dans la bande. Les week ends, on est chez les uns ou chez les autres. Des soirées à se lancer des défis idiots, à boire un peu, à dire des conneries beaucoup. Parfois, c&#8217;est la grande expédition. On va chez son cousin, qui habite au bout du monde. Enfin, tout est relatif: à une bonne heure de bus. Minimum. En pleine campagne, je découvre les soirées chapiteaux de village. Rentrer à pied, sur les routes défoncées par les tracteurs, un peu bourrés, à quatre heure du matin en chantant l&#8217;aventurier. Aller se coucher, vidés, aphones, quelques gestes de tendresse, et sombrer. Les petits déjs comateux à dix dans la cuisine trop étroite, le café trop fort, les têtes qui bourdonnent. Penser au billet de retour, dans quelques heures. Trop courtes. Et si on prolongeait encore un peu? Il suffit de passer un coup de fil, rien de bien compliqué. Décrocher l&#8217;autorisation, et rester encore jusque demain. Demain, il sera bien assez tôt pour revenir à la réalité. Encore envie d&#8217;être là, avec eux, avec Lui. Profiter de cette insouciance , de jouer au foot dans la pelouse, de faire un barbec, de rire de vannes stupides. De glisser mon visage dans son cou. De faire l&#8217;amour avec lui, au risque d&#8217;être surpris, en pleine après midi. Etre bien.</p>
<p style="text-align:justify;">Je n&#8217;ai pas envie de rentrer. Je veux juste rester, enveloppée dans ses bras de géant, à me sentir petite, si petite, pour un temps infini.</p>
<p style="text-align:justify;">Jolie demoiselle.</p>
<p style="text-align:justify;">A Lui.</p>
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		<title>#30: Sand</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Nov 2010 20:29:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>missstere</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je continue, vaille que vaille. Que faire d&#8217;autre? Jouer à faire comme si, j&#8217;ai tellement l&#8217;habitude, je le fais depuis si longtemps. Je peux bien être un personnage de plus. Même si je pense, je n&#8217;arrête pas de penser à lui, je suis dans les bras de cet autre. Le blond celui qui m&#8217;appele toujours [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=314&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Je continue, vaille que vaille. Que faire d&#8217;autre? Jouer à faire comme si, j&#8217;ai tellement l&#8217;habitude, je le fais depuis si longtemps. Je peux bien être un personnage de plus. Même si je pense, je n&#8217;arrête pas de penser à lui, je suis dans les bras de cet autre. Le blond celui qui m&#8217;appele toujours m&#8217;amour, celui qui m&#8217;a offert la bague de sa grand mère, celui qui espère toujours. Je suis avec lui, sans l&#8217;être. Je joue avec lui, comme je contrefais ma vie. <span id="more-314"></span>Tout au fond, la sensation de l&#8217;imposture se faufile. Je me mens, je le sais, et je ne peux pas faire autrement. En me rêvant plus belle, plus forte, plus intelligente que je ne suis. En me racontant des histoires. Je suis loin d&#8217;être populaire à l&#8217;école. Au mieux on me voit comme une fille un peu étrange, bizarre, au pire comme une espèce de pétasse hautaine.Désagréable. Méprisante. J&#8217;ai malgré moi construit un tel entrelacs de protection que j&#8217;en viens à avoir l&#8217;air détachée des autres. C&#8217;est assez troublant.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu cette impression. Tenace. De celles qui ne vous quittent pas, de celles qui se rappelle à vous dans vos moments les plus noirs, quand racrapotés au fond de votre lit, l’insomnie rougissant vos yeux tel un lapin atteint de myxomatose, vous tournicotez sans fin un chapelet de pensées.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">J’ai toujours été une sorte d’imposture. D’abord pour me conformer à l’image de petite fille parfaite, blonde aux yeux bleux, joues rondes et sage comme une image qu’on attendait de moi.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">J’ai donné le change à l’école. J’ai joué à la bonne élève, voire à la première de classe, tout en sachant à quel point j’étais quelquonque, en fait. Des petites filles en robes à volants, il y en avait des milliers. En quoi aurai je été différente?</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Peu ou prou, j’ai surnagé au milieu de tout ça, encaissé cette image qu’on voulait bien me donner, tout en ayant une parfaite conscience de ma médiocrité et de mon encensement tout relatif.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Là où on louait mes talents, j’étais gênée de voir à quel point les gens se trompaient. Si j’ai une chose qui fonctionne, c’est que j’analyse très vite les situations. Je m’adapte. Je ne suis pas plus intelligente ou plus douée. Je m’adapte c’est tout. Je comprends vite ce qui marche, ou pas.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Ca n’empêche que toujours, je suis en imposture. Je n’ai aucun talent particulier, et j’ai trop de lucidité pour le croire une seule seconde. Donc je ne comprends pas bien les compliments. J’ai du mal à les recevoir. Je ne vois pas pourquoi ils s’adressent à moi. Parce que je n’ai rien fait pour ça. Je ne bosse pas. Je suis un caméléon, c’est tout.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Et je trompe mon monde en permanence.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">J’aimerai c’est sûr être capable de mieux, de plus. Je crois aux vertus du travail. Mais j’en suis incapable. Je suis une paresseuse. A force de jongler avec tout et tout le monde, je ne sais plus très bien où je suis moi. J&#8217;ai tellement créé d&#8217;histoires que je les mélange, la fin de l&#8217;une avec le début de l&#8217;autre, et au milieu de tout ça, moi, je suis paumée. On ne me reconnait plus. Je suis quasi schizophrene. A la maison, un personnage. Avec le blond un autre. A l&#8217;école, encore quelqu&#8217;un de différent. Ca parait simple en apparence, ça ne l&#8217;est pas. En réalité, je suis une actrice qui jouerait en permanence plusieurs rôles, comme si je n&#8217;avais pas le droit de laisser la peau à nu, sans maquillage. Pour oublier tout ça, j&#8217;écris. La nuit, j&#8217;attends en silence dans le noir que ma mère descende, puis je rallume une veilleuse et j&#8217;écris. Je planque le carnet sous le lit, couvert de mes pattes de mouche. Autant à l&#8217;école j&#8217;ai une écriture ronde, féminine, précise, autant là, il s&#8217;agit de hiéroglyphes sauvages, de lettres formées dans tous les sens, comme si les mots ne s&#8217;écrivaient pas assez vite. J&#8217;ai fini de lire, maintenant il me faut écrire. Quand ma mère monte se coucher, j&#8217;éteins, fais semblant de dormir, et attends une dizaine de minutes avant de rallumer et de m&#8217; y remettre&#8230; Parfois, elle n&#8217;est pas dupe de mon manège et j&#8217;ai droit à un savon. Seulement, si je cessai d&#8217;écrire, je deviendrai dingue. Ces pages noircies de mots, de moi, c&#8217;est encore la seule chose vraie de mon existence. Le seul moment où quelque chose est tangible. Je crois que si je n&#8217;avais pas ça&#8230; Ca préserve ma santé mentale en quelque sorte. A force de jouer à être une autre toujours, j&#8217;ai peur qu&#8217;un jour un des personnages trop nourri de moi ne me dévore, et qu&#8217;il prenne le pas sur tous les autres, sur moi.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Ecrire. Toujours. Peu importe le lieu, l&#8217;heure, le support. Ecrire est un besoin, une nécessité. Coucher sur les papier des mots, les aligner, y mettre du sens, une manière de m&#8217;approprier le temps, de le ralentir, de retenir des émotions fugaces,de les voir se matérialiser sur papier . C&#8217;est devenu addictif, au point que je n&#8217;arrive plus à m&#8217;en passer.  Petit à petit ça s&#8217;est imposé à moi. Et tous les jours, j&#8217;y souscris. Tous les jours, je m&#8217;y attelle. Tous les jours j&#8217;y prends plaisir. Tous les jours, les émotions sortent du bout de mes doigts, comme autant de larmes que mes yeux ne feront pas couler.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">[Lire la suite…]</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;allonge les minutes, je prolonge à l&#8217;envi des instants . Écrire est ma seule arme pour les retenir. C&#8217;est devenu d&#8217;une certaine façon un acte de terrorisme envers mes sentiments. A la fois, les vider de leur contenu, les désosser, ronger jusqu&#8217;à leur carcasse, et les analyser, pour ce qu&#8217;ils sont, pour ce qu&#8217;ils m&#8217;apportent, pour ce que voudrais qu&#8217;ils ne soient pas là, parfois.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Écrire, quelque part, c&#8217;est accepter de se sentir faible, et se débattre de toutes ses forces pour ne pas se noyer&#8230;C&#8217;est investiguer une part de soi qui reste inconnue aux autres, c&#8217;est aussi savoir travestir son impudeur,  se révéler tout en restant dans l&#8217;ombre, accepter que la lumière entre, mais pas trop, par petites touches&#8230; C&#8217;est pour ça que j&#8217;aime la nuit. Parce que la nuit je peux être moi. Sans prise de risque, sans danger. A force de jouer sans arrêt avec les codes, je ne sais plus très bien où j&#8217;en suis. Si ce n&#8217;est que peu de gens savent qui je suis en définitive. Je ne suis ni Didi, ni Sansan, ni m&#8217;amour, ni tous les autres en dehors de moi. J&#8217;écris sur tout et rien. Mes mots ne racontent rien de moi. Enfin, pas directement. trop compliqué&#8230; Que dire? Je suis perdue sous ma carapace, je me demande pourquoi avancer? Alors j&#8217;essaie de faire du beau. Depuis gamine, je ressens très fort le pouvoir de l&#8217;esthétique. J&#8217;aime arranger les choses pour qu&#8217;elles soient jolies. Je ressens une grande paix quand je vois un bouquet de fleurs bien assorties, ou quand je lis des lignes qui me semblent être coulées de source. J&#8217;utilise les mots comme ça. Pour en faire un beau tableau. Je me fiche presque de ce qu&#8217;ils peuvent signifier à la limite. Ce qui m&#8217;emporte, c&#8217;est la beauté de leurs sonorités accolées, l&#8217;émotion de ces lettres qui se mêlent, inédites. J&#8217;aime écrire des phrases fleuves, comme si elles n&#8217;avaient jamais de fin. Plus que tout, je déteste le point final. Je n&#8217;aime pas devoir terminer. J&#8217;aime l&#8217;idée d&#8217;etre en cours, en projet. J&#8217;aime par dessus tout pouvoir m&#8217;inventer d&#8217;autres possibles, sans fin.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est aussi pour ça que je n&#8217;arrive pas à le quitter. Je ne suis pas heureuse avec lui, mais je me dis que ça peut changer, peut être. Que peut être, c&#8217;est de ma faute. Je n&#8217;ai pas envie de terminer. De laisser derrière moi. C&#8217;est trop compliqué pour moi de me projeter vers autre chose, même si je sais que ce sera forcément mieux après. Ca ne peut que l&#8217;être. Je ne l&#8217;aime pas, je ne l&#8217;ai jamais vraiment aimé. Je me suis servie de lui, je l&#8217;ai utilisé comme on use d&#8217;un gadget utile sur le moment. Mais là où une personne normale, quand ce gadget est hors d&#8217;usage, ou tout simplement n&#8217;a plus aucune utilité le jetterait, je ne m&#8217;y résoud pas. Je continue. Je fais semblant. Et je le fais souffrir. Il n&#8217;est pas dupe, ne l&#8217;a jamais été. Même s&#8217;il ne brille pas par son esprit, il sent ces choses. Un coeur amoureux a une sorte d&#8217;acuité paranormale qui lui permet de déceler quand un autre coeur bat à l&#8217;unisson , ou non. Et même si le cerveau ne veut pas enregistrer l&#8217;information, tout au fond de soi, on sait qu&#8217;on n&#8217;est pas aimé. On sait que c&#8217;est à sens unique, que jamais il n&#8217;y aura de symbiose. Il n&#8217; y aura rien. Un coeur qui espère trop grand à côté d&#8217;un coeur trop vide. Il sait tout ça et pourtant il reste, en dépit de moi. Je l&#8217;ai trompé, humilié, je lui ai menti, j&#8217;ai triché, je l&#8217;ai méprisé, et il reste. Je découvre le masochisme de l&#8217;amour. Quoique parfois, je me surprends à penser que peut être, il est lâche. Aussi lâche que moi. Qu&#8217;il n&#8217;ose pas me quitter de lui même, même s&#8217;il en ressent l&#8217;envie ou le besoin. On est coincés tous les deux. Pas exactement pour les mêmes raisons, mais le résultat est que tous les deux nous sommes dans une situation qui ne nous convient pas. Plus. Nous a t elle déjà convenu un jour d&#8217;ailleurs ?</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai essayé, plusieurs fois déjà. J&#8217;ai eu de ces éclairs de courage minuscule, où je lui ai dis : &#8220;c&#8217;est fini&#8221;. J&#8217;ai toujours fini par le rappeler, et il est toujours revenu. Rompre définitivement est au dessus de mes forces, je n&#8217;y arrive tout simplement pas. Impossible de mettre ce point final. Comme toutes ces phrases dans mes carnets qui restent à l&#8217;état d&#8217;ébauches. Je commence des tas d&#8217;histoires et je ne vais au bout d&#8217;aucunes. Trop impatiente de passer à une autre, d&#8217;aller vers d&#8217;autres mots, d&#8217;autres issues. Il va bien falloir que j&#8217;y arrive pourtant. Je sens que c&#8217;est ce qui est juste, ce que je dois faire. Mais pas encore tout de suite&#8230; Encore un peu de répit. Rester encore dans cette situation floue mais pas inconfortable plutôt que de prendre de vraies décisions. Alors j&#8217;écris&#8230; Longtemps, beaucoup, toute la nuit s&#8217;il le faut, et je signe : Sand.</p>
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		<title>#29: Frimeuse</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Nov 2010 20:28:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>missstere</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lui. Je le connais depuis un moment déjà. Avec sa soeur aînée, meilleure copine d&#8217;une de mes amies de la danse, il était logique que je le connaisse. Ne fut ce que de loin. A douze ans, dans cette nouvelle école, je n&#8217;y avais prêté quasi aucune attention. C&#8217;était juste un gars à lunettes, timide, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=312&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Lui. Je le connais depuis un moment déjà. Avec sa soeur aînée, meilleure copine d&#8217;une de mes amies de  la danse, il était logique que je le connaisse. Ne fut ce que de loin. A douze ans, dans cette nouvelle école, je n&#8217;y avais prêté quasi aucune attention. C&#8217;était juste un gars à lunettes, timide, et c&#8217;est tout.<span id="more-312"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Il faut bien deux ans avant que l&#8217;on ne se parle vraiment. Et une année de plus avant qu&#8217;on ne devienne amis. A partir de là, tout change. Il me présente ses copains, ils m&#8217;adoptent. Je deviens la seule fille au milieu des mecs, je traine avec eux quasi tout le temps, je délaisse un peu mes copines. J&#8217;aime bien être au centre de la bande. Ils me protègent, ils s&#8217;occupent de moi. Sans en faire trop. Sans me donner la sensation trop nette d&#8217;être une fille. Je peux passer des heures à me marrer avec eux, j&#8217;entre dans leur cercle. Je découvre les jeux de rôles. Un truc qui m&#8217;éclate totalement. Être un autre personnage, conquérir des territoires imaginaires, penser stratégie, oublier la réalité. C&#8217;est totalement pour moi. J&#8217;adore. Je prends toujours les personnages les plus barrés, les plus guerriers. Et eux les mecs, mes mecs à moi, ça les fait bien rire. Que je sois si acharnée à gagner, à aller jusqu&#8217;au bout.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis prête à tout. Totalement prise dans le jeu, je me fonds dans le personnage que j&#8217;incarne. On y passe parfois des heures.  Mais vient toujours un moment où je dois rentrer chez moi. Et puis j&#8217;ai la danse, et un petit copain. Je ne peux pas passer ma vie à chercher des noises à des orques. Alors, à regret, je quitte leur monde.</p>
<p style="text-align:justify;">Mes mecs à moi. J&#8217;adore ça,être avec eux. Il y a Squale. Lui, c&#8217;est la brute au grand cœur de la bande. Deux têtes de plus que tout le monde, des épaules de bucheron canadien, une propension à ouvrir sa gueule quand il ne faut pas, et un côté maladroit parfois hyper attachant. C&#8217;est un bisounours en réalité, le cœur sur la main, même s&#8217;il profite de sa masse pour en imposer. Dep&#8217;s. Un hors réalité. Ce mec est toujours à côté. C&#8217;est un foireur perpétuel. Quand il balance une vanne, c&#8217;est toujours trop tôt ou trop tard. Il n&#8217;est jamais dans le bon tempo. C&#8217;est plutôt rigolo. Parce que des conneries, il en lâche par centaines. Seulement, jamais dans la bonne cible. Sieur. Sombre, torturé, ça pourrait être une sorte d&#8217;Heatcliff. Enfin, c&#8217;est ce que j&#8217;ai fantasmé deux secondes. Parce qu&#8217;en creusant un peu, ce n&#8217;est pas tout à fait ça. Sieur est secret, très. Il ne parle pas beaucoup, il pense. Et impossible de savoir à quoi la plupart du temps. C&#8217;est un peu déstabilisant. Il est un peu craint, un peu méprisé des autres, parce que personne n&#8217;arrive vraiment à le capter. Même au sein de notre bande, il est un mystère. Je ne sais pas si il prend plaisir à être avec nous. Il a tellement l&#8217;air de se suffire à lui même, d&#8217;autogérer son monde. C&#8217;est un garçon très intelligent, c&#8217;est sûr. Trés sensible. Les rares fois où j&#8217;aurai pu le percer à jour un peu, et vraiment discuter avec lui, je m&#8217;en suis aperçue. Par contre, je n&#8217;ai jamais réussi à savoir ce qu&#8217;il pensait vraiment de moi. De mon intrusion dans leur univers masculin. Il n&#8217;a jamais rien dit, ni pour ni contre. Je suppose qu&#8217;il était d&#8217;accord. Miche. Le brillant élève, premier de classe. Miche,  les bonnes joues, le côté rondouillard, ses parents qui viennent le chercher avec une espèce de petit chien blanc moche. Un loulou de Poméranie, je crois. Miche et le loulou. Miche est gentil, effacé. Il ne sait qu&#8217;étudier. Il excelle à ça. Il bosse comme un âne. jamais il ne se détend, ou c&#8217;est par inadvertance. Un coup de fatigue. Ce n&#8217;est jamais lui qui est à l&#8217;initiative de nos conneries. Lui, il suit. Je suppose que d&#8217;être simplement dans une bande suffit largement pour lui. C&#8217;est un gros effort vers le genre humain qu&#8217;il fait, lui qui ne connaît que les lignes à apprendre par coeur et les chiffres  à combiner.</p>
<p style="text-align:justify;">Et puis lui. Grand, immense. Maigre. Des lunettes, des cheveux longs. Pas beau, mais des yeux doux, floutés par sa myopie. Un geek avant l&#8217;heure. Il passe des heures à bidouiller sur un ordi, enfermé dans sa chambre quand il n&#8217;est pas avec nous. Il est intelligent, fin. A l&#8217;écoute. Moi qui commence à explorer mon côté extraverti, à faire du cinéma, encouragée par la présence de mes mecs à moi, à gueuler un peu partout, sa présence m&#8217;apaise. Me calme. De toute la bande, il est mon préféré. Sans ambiguïté aucune. J&#8217;ai un petit copain. Lui est vaguement amoureux de ce que j&#8217;en ai compris. Il ne me parle pas beaucoup d&#8217;elle, dit que c&#8217;est une fille géniale, mais une histoire trop compliquée pour lui. Je n&#8217;insiste pas. Je lui parle de mes déboires à moi. De ce mec que je ne peux me résoudre à quitter pour de bon, et avec qui je ne peux pas être pourtant. Que je trompe. Il ne me juge pas, jamais. Mais il est là pour consoler. Pour écouter. Petit à petit, je colonise son épaule. Osseuse, mais confortable. On se téléphone, on se voit. Parfois en dehors de la bande. Je n&#8217;aime pas trop ça,  j&#8217;ai l&#8217;impression de casser notre unité. En même temps, j&#8217;ai besoin de lui. Il est mon confident. Mon meilleur ami. Je peux tout lui dire, tout lui expliquer. Bizarrement, cette relation n&#8217;est pas équilibrée mais elle tient. Je parle pour deux, il est compréhensif et patient pour deux. Mes copines, nous voyant nous rapprocher, me mettent en garde. &#8221; C&#8217;est un garçon, t&#8217;es une fille. &#8221; Je ne vois pas où est le problème. Il est amoureux d&#8217;une autre, moi aussi j&#8217;ai le cœur un peu ailleurs.</p>
<p style="text-align:justify;">Avec l&#8217;école, les voyages scolaires. La Bourgogne. Des heures de car. Comme toujours, je suis à côté de lui. Comme souvent, son épaule est mon havre. Je me suis endormie contre sa chaleur. Je suis bien, blottie. Dans une sorte de brouillard, je sens une main sous mon menton. Une bouche sur la mienne, des lèvres douces, si douces. Prolonger ce contact. C&#8217;est incroyable d&#8217;évidence. J&#8217;ai toujours les yeux fermés, et je me laisse complètement aller à ce baiser. Je n&#8217;ai pas eu le temps de réfléchir. Ni pourquoi, ni comment. Je sais juste que c&#8217;est lui, et que c&#8217;est le baiser le plus romantique qu&#8217;on m&#8217;aie jamais fait. C&#8217;est inattendu, sensuel, long, tendre. C&#8217;est comme un cadeau de Noël au mois de juillet. Incongru et pourtant joyeux. Comme tombé du ciel. Il a ôté ses lunettes pour m&#8217;embrasser, et quand j&#8217;ouvre les yeux, je plonge dans son regard trouble. Troublé aussi sûrement. Squale a vu. Tout le monde se tait. Ça dure une bonne heure, jusqu&#8217;à l&#8217;arrêt du car. Je me suis un peu décalée de lui. Je n&#8217;ose plus le regarder. Ni Squale.</p>
<p style="text-align:justify;">Sortir. Ne pas parler, l&#8217;éviter. Me barrer très vite, très loin. Sauf qu&#8217;il me rattrape. Tire mon poignet, me force à me confronter à lui. je n&#8217;ai qu&#8217;un seul mot: pourquoi?</p>
<p style="text-align:justify;">Et là, tout sort d&#8217;un coup. Il me dit, m&#8217;explique, il ne s&#8217;arrête plus. Qu&#8217;il n&#8217;a pas pu s&#8217;en empêcher, que c&#8217;était trop tentant, mes lèvres à portée des siennes. Que la fille, cette fille, c&#8217;est moi. Qu&#8217;il n&#8217;a jamais osé tenter la moindre chose. Qu&#8217;il sait très bien que nous deux, ça n&#8217;ira nulle part. Qu&#8217;il est mon ami, avant tout. J&#8217;écoute, totalement médusée. je n&#8217;ai rien vu venir. Rien de rien. Je suis complètement paumée: ce garçon si réservé est en train de s&#8217;ouvrir à moi, et je ne sais absolument pas comment réagir. J&#8217;écoute.</p>
<p style="text-align:justify;">Je ne sais que dire non de la tête . Je n&#8217;arrive même pas à lui parler. Je me sens minable. Squale a vu aussi. Il nous observe de loin, discuter. Enfin, lui soliloque, moi je suis ailleurs. J&#8217;essaie de trouver comment me sortir de ça. Dire que ce baiser n&#8217;a pas d&#8217;importance, ce serait mentir. pour lui, il en a. Moi, à la façon dont il m&#8217;a retournée, j&#8217;imagine qu&#8217;il en a aussi. Je ne veux pas de ça. Surtout pas. Squale a vraiment un drôle de regard. Perturbant. Qu&#8217;est ce qui est en train de se passer là? Ca vire au mauvais film. Mettre un terme à tout ça. revenir à ce que nous étions avant. Je voudrais bien. Je ne sais pas comment m&#8217;y prendre. Il faut que je le détache de moi. Pour ça, je vais faire la pire connerie qui soit. Quand on rentre dans le car, je change de place. Je m&#8217;assois à côté de Squale. Et j&#8217;évite son regard, à lui. Le soir, après s&#8217;être installés dans nos chambres respectives, dans l&#8217;auberge de jeunesse, on se retrouve pour diner. Là encore, même si nous sommes à la même table, je l&#8217;évite soigneusement. Je me place entre Miche, et Squale. Encore. Pendant deux jours, je vais agir comme ça. J&#8217;ai vu dans les yeux de Squale. j&#8217;ai lu son regard quand il nous a vu nous embrasser. Je sais que c&#8217;est absolument dégueulasse, mais je vais me servir de lui. Ce bon vieux Squale. Je me rapproche de lui. Je glisse ma main dans la sienne. L&#8217;invitation ne peut pas être plus claire. Il ne tarde pas à m&#8217;embrasser. Rien de comparable. C&#8217;est une brute, son baiser est sans âme, sans délicatesse. C&#8217;est juste humide et vivant. Mais j&#8217;en, rajoute. Je passe ma main dans ses cheveux. Dans son dos. Je me serre contre lui. Squale n&#8217;en demandait pas tant. Il jubile. Je ses ses yeux à lui fixés dans mon dos. J&#8217;imagine qu&#8217;il a mal. Je l&#8217;imagine trop bien. Je sens que je suis en train de faire une grosse, une énorme connerie. Pour éloigner de moi ce garçon qui m&#8217;aime, pour préserver son amitié, j&#8217;en utilise un autre. Il va m&#8217;en vouloir. A mort.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai besoin de me salir à ses yeux. Je ne veux pas être sur un piédestal. Je ne veux pas qu&#8217;on m&#8217;aime comme ça. Mes copines ne comprennent pas. Elles qui l&#8217;ont toujours vu comme le mec le plus sympa de la bande, le plus gentil, elles ne comprennent pas que je le fasse souffrir intentionnellement. Elles savent qu&#8217;il est mon préféré. Que si j&#8217;avais à choisir, ce serait lui. Mais &#8230; J&#8217;ai tellement peu confiance en moi. Je ne peux pas me lancer dans une histoire avec lui. Je lui ferai mal un jour ou l&#8217;autre. Je ne pourrai pas. Je préfère tuer dans l&#8217;œuf, avant que ça grandisse. Cette pseudo relation  avec Squale ne dure que quelques jours. On prolonge dans la cour de l&#8217;école, une fois rentrés. Mais parce que je ne sais pas comment lui dire que je ne veux plus de lui.</p>
<p style="text-align:justify;">Notre petite bande subit l&#8217;onde de choc. Dep&#8217;s et Miche, Sieur, restés en dehors de l&#8217;histoire, Squale, lui et moi&#8230; Tout va se déliter, peu à peu. Nous restons en apparence unis, soudés Mais les bouches qui se sont croisées ont tout changé. Il nous faut du temps.</p>
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		<title>#28: Souillon</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Nov 2010 09:50:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>missstere</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les choses et moi avons un rapport compliqué. Je n&#8217;aime pas l&#8217;objet. Je m&#8217;en sers s&#8217;il est utile, et basta. Je n&#8217;ai pas d&#8217;attachement particulier à lui. Sa durée de vie m&#8217;importe peu. Je ne fais pas particulièrement attention, je ne soigne pas les choses, je ne les ménage pas. Après tout, puisqu&#8217;il n&#8217;ont pas [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=307&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Les choses et moi avons un rapport compliqué. Je n&#8217;aime pas l&#8217;objet. Je m&#8217;en sers s&#8217;il est utile, et basta. Je n&#8217;ai pas d&#8217;attachement particulier à lui. Sa durée de vie m&#8217;importe peu. Je ne fais pas particulièrement attention, je ne soigne pas les choses, je ne les ménage pas. Après tout, puisqu&#8217;il n&#8217;ont pas d&#8217;importance&#8230; Même les livres je n&#8217;use pas de précautions spéciales avec eux. Au contraire, puisqu&#8217;ils m&#8217;accompagnent partout, en rue quand je marche le long des trottoirs gris pour aller à l&#8217;école, dans mon bain, au déjeuner,  il leur arrive souvent des accidents de parcours. <span id="more-307"></span>Gouttelettes de pluies gondolant légerement le papier, tache digitale de chocolat sur le coin des pages, micro déchirures. Ils vivent. Certains ont le respect du livre-objet. Je n&#8217;en ai que pour les mots. Et si j&#8217;aime sentir la texture du papier sous mes doigts, si j&#8217;admire une jolie reliure, il en va des livres comme des gens. Je les préfère quand ils ne sont plus lisses, quand on entrevoit un morceau d&#8217;existence derrière, un passif. Je ne fais qu&#8217;une concession à ce laisser aller apparent. Si mes livres peuvent être tachés, cornés, aimés, usés à force de lecture, je ne peux pas me permettre de perdre des pages. Ca c&#8217;est inconcevable. Mon bouquin préféré, celui que je lis et relis depuis quelques années maintenant, commence à être dans un piteux état. Mais il est comme un doudou, je ne m&#8217;en séparerai pour rien au monde. Il a beau être craqué de tous côtés, plus présentable, je continue de le rafistoler, de m&#8217;appliquer à placer du papier collant le long de la rainure pour consolider la tenue des pages. Je pourrai très ben en acheter un nouveau. Les livres de poche, peu onéreux, permettent un renouvellement aisé . Mais ce ne serait pas pareil. La première fois que j&#8217;ai lu ces phrases qui m&#8217;ont tant plu, la première fois que j&#8217;ai été prise d&#8217;une telle sensation de compréhension absolue et de proximité, de douce euphorie, de trouble. Les mots assemblés les uns aux autres, entremêlés, le choc profond de la découverte. La possibilité de littéralement tomber amoureuse d&#8217;un bouquin. Comme s&#8217;il avait une existence propre, que les lettres vivaient indépendemment de leur géniteur. Parfois je pense à ces doigts tapant sur la machine à écrire, ou saississant fébrilement un stylo. Aux pauses consenties par le manque d&#8217;inspiration, puis aux nouvelles idées germant et qui poussent les doigts à aller plus vite encore, gratter le papier, graver les mots avant qu&#8217;ilsne s&#8217;échappent.</p>
<p style="text-align:justify;">Mes livres vivent leur vie, faite de haut et de bas. Ils s&#8217;amochent, un peu. Ils prennent corps. Ma désinvolture face à eux, et aux choses en général, exaspère. Fais attention. Elle me le répète à longueur de journée. Souillon. Je ne suis pas très ordonnée, je ne l&#8217;ai jamais été vraiment. Je me suis forcée un peu, à tenter l&#8217;organisation. Mais si tant est que je puisse avoir un peu de liberté, mon fouillis en fait partie. Etrangement, pour toutes les pièces partagées, je suis d&#8217;une maniaquerie absolue. Je déteste qu&#8217;il y ait du désordre dans le salon ou la cuisine. Je range, je classe. Je ramasse les choses qui trainent.Je rectifie la position des cadres, qu&#8217;ils soient parfaitement symétriques.</p>
<p style="text-align:justify;">Sauf dans ma chambre. Ma chambre est un antre, une tanière. Le sol est couvert de fringues, jetées ça et là au cours des essayages du matin. Des peluches que je ne me résous pas à abandonner. Des livres, en piles invraisemblables par terre, vacillantes. Des disques, cds. Le tout au petit bonheur la chance. Ma chambre a beau ne faire que quelques mètres carrés, arriver jusqu&#8217;à mon lit est un parcours du combattant. Il faut enjamber, ruses, contourner. Je peux le faire les yeux fermés. Je me suis habituée au chaos, j&#8217;en ai besoin même. Mais elle ne le supporte plus. Il y a longtemps que le ménage de l&#8217;étage m&#8217;est délégué, et je soupconne fort que c&#8217;est essentiellement parce qu&#8217;elle ne supporte plus la vue du capharnaum qu&#8217;est ma chambre. Ca lui est insupportable. De temps en  temps, une grande crise de conscience me traverse, et je range. Disons plutôt que je rends au sol la possibilité d&#8217;exister. Ca ne dure jamais très longtemps. Les vetements pliés, rangés ne le restent pas. Les piles de livres finissent par se déstructurer. Et tout reprend peu à peu l&#8217;apparence de ce magma immobile.</p>
<p style="text-align:justify;">Souillon. Pourtant je n&#8217;arrête pas de laver. Pas une vaisselle ne m&#8217;échappe. Bien souvent, c&#8217;est moi qui passe l&#8217;aspirateur quand elle est effondrée d&#8217;avoir fait une sieste dans le canapé. Je nettoie par terre. Je prends les poussières. Souillon. Je ne revendique mon droit au désordre, à l&#8217;imprécision que dans ma chambre. Et finalement ça me détermine. Malgré mes efforts permanents en dehors de celle ci.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle. Elle est toujours fatiguée, toujours à bout. Il ne faut pas faire de bruit pour la laisser se reposer. L&#8217;après midi, si je suis à la maison, je l&#8217;entends ronfler sur le fond sonore des feux de l&#8217;amour. Elle en a besoin pour s&#8217;endormir, prétend elle.</p>
<p style="text-align:justify;">Le plus souvent heureusement je ne suis pas là. J&#8217;en viens à supporter difficilement son échouement perpétuel. Si je pouvais, je m&#8217;en irai. Mais&#8230; Que faire des Yeux Extraordinaires? Des Cheveux d&#8217;Or? Que deviendraient ils sans moi? Elle n&#8217;est tellement pas adulte. J&#8217;ai plus conscience des responsabilités qu&#8217;elle. Et ça ne me parait même pas étrange. Je prépare le dîner, naturellement. Je regarde les devoirs des Yeux Extraordinaires. Je lui rappelle de signer les bulletins. A défaut d&#8217;oser le faire moi même.  Elle démissionne. Pour le moment, dans sa vie, seuls comptent son mec, et leurs sorties. Les disputes à quatre heures du matin, engueulades alcoolisées qui finissent toujours en drame, portes claquées et paroles terribles. Les échappées belle où je ne sais ni où elle est, ni ce qu&#8217;elle fait. Elle est en dehors de nous. et je m&#8217;efforce de ramene de la réalité, du concret. Je prépare des pates bolognaises pour les Yeux Extraordinaires, qui ont décrété que c&#8217;étaient les meilleures du monde. Pour la première fois de mon existence, je me sens fière d&#8217;avoir fait. Et je me lance en cuisine comme d&#8217;autres rentrent dans les ordres. Je me mets à lire tous les livres de cuisine qui me tombent sous la main, les revues culinaires. Je demande des conseils à droite et à gauche, et surtout chez ma grand mère. J &#8216;improvise. Je n&#8217;adore rien tant que ça. Partir d&#8217;ingrédients simples, les mélanger, les malaxer, les transformer et arriver à en faire quelque chose. Un peu de ci, un peu de ça. Une pincée de plus. Peut être que si je rajoutais cette épice, ou si je mettais un peu de carottes? j&#8217;ai la cuisine instinctive. J&#8217;aime éprouver, tester. Je ne suis pas une très bonne patissière. Là où il faut mesurer, respecter des proportions précises, je ne m&#8217;amuse pas. Par contre, s&#8217;il s&#8217;agit de détourner une recette, je suis dans mon élément. Mon imagination est sans limite. Au départ, ma mère a bien essayé de me dissuader des fourneaux. Trop maladroite, trop distraite selon elle pur y accéder sans risque. Cantonne toi à des choses qui ne demandent pas de feu, me dit elle. Mais petit à petit, le confort acquis par le fait que je prenne en charge les diners familiaux, et la concentration extrème dont je peux faire preuve en cuisine achèvent de la convaincre, en tous cas elle laisse faire.</p>
<p style="text-align:justify;">Je me mets aux fourneaux quand je rentre de l&#8217;école. Les Yeux Extraordinaires regardent toujours le même dessin animé. &#8220;Le Roi Lion&#8221;. C&#8217;est quasi toujours au même passage que je pousse la porte de la cuisine et m&#8217;y enferme, en élaborant en imagination d&#8217;abord ce que je vais réaliser ensuite. Souillon. En cuisine, j&#8217;ai beau être très créative et un peu survoltée, je suis très organisée. Chaque chose à sa place et une place pour chaque chose. En réalité, j&#8217;aime tellement préparer, découper, rissoler, braiser, sauter les ingrédients, que même faire la vaisselle ne mle dépare pas de mon sentiment de bien être. J&#8217;adore pouvoir me dire: j&#8217;ai fait naître quelque chose de mes mains. quelque chose qui soit moi et pas moi, en même temps. Quelque chose qui va donner du plaisir. Laisser une trace tout en étant éphémère. Volatil et concret.</p>
<p style="text-align:justify;">Je fais ça pour les Yeux Extraordinaires surtout. Un peu pour les Cheveux d&#8217;Or aussi. Parce que les Yeux Extraordinaires et la nourriture, ça reste compliqué. Ils ont des aliments éligibles, d&#8217;autres non. Leurs façons d&#8217;aimer ou non manger sont subtiles. Si ils aiment les tomates crues, les tomates cuites posent problème. Plus particulièrement la peau. Il me faut donc monder et à moi les sauces bolognaises, les soupes aux boulettes de viande, les tomates farcies. Petite concession qui me permet d&#8217;avoir un gand pouvoir: Les Yeux Extraordinaires aiment ce que je prépare, et les voir dévorer avec gourmandise, alors que avant ce n&#8217;était que moues et petites luttes incessantes&#8230; C&#8217;est incroyable. J&#8217;ai trouvé le moyen de communiquer encore mieux avec les Yeux Extraordinaires. Faire plaisir. Avoir décelé le petit plus, le petit truc qui fait que les repas ne sont plus d&#8217;interminables corvées, mais des petits moments simples et agréables. Souillon. Je suis brouillon  peut être avec les choses. Souvent avec ma vie. Je ne sais pas toujours où je vais, ni pour quoi faire. Mais il y a une chose qui est importante, une chose qui compte pour moi et que je fais bien. La cuisine.</p>
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		<title>#27: Mademoiselle Dehors</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Nov 2010 13:10:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>missstere</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;école n&#8217;est pas la maison. C&#8217;est un espace en dehors, hors limite. Le monde de la maison est celui du silence, des larmes ravalées, des petites griffures à l&#8217;égo. Un monde où je m&#8217;éteins, où je me plie aux règles, pour rester debout. Mais à l&#8217;école, rien ne m&#8217;oblige à me taire. La gamine introvertie [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=missstereetboulesdeblog.wordpress.com&amp;blog=14745755&amp;post=305&amp;subd=missstereetboulesdeblog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align:justify;">L&#8217;école n&#8217;est pas la maison. C&#8217;est un espace en dehors,  hors limite. Le monde de la maison est celui du silence, des larmes  ravalées, des petites griffures à l&#8217;égo. Un monde où je m&#8217;éteins, où je  me plie aux règles, pour rester debout. Mais à l&#8217;école, rien ne m&#8217;oblige  à me taire. La gamine introvertie de la première année devient peu à  peu plus consistante, avec l&#8217;assurance des bonnes notes facilement  obtenues.<span id="more-305"></span> Lever le doigt pour répondre aux questions ne me suffit plus.  Il faut aussi que je donne mon avis. Surtout quand on ne me le demande  pas. Je prends un malin plaisir à démonter les arguments des  professeurs, à les provoquer. Je flirte toujours avec les limites de  l&#8217;impertinence et de l&#8217;insolence. En tout début d&#8217;année, j&#8217;ai très vite  repéré ceux qu&#8217;il serait facile de faire sortir de leurs gonds. Un en  particulier. Mon professeur de français. Matière dans laquelle j&#8217;excelle  plutôt. Les séances de répétitions de conjugaisons, les dictées forcées  des heures durant sous le regard de mon beau père auront eu au moins le  mérite de me donner une certaine aisance. C&#8217;est petit à petit que je  teste ses limites. une remarque quasi en passant sur un mot au tableau  mal orthographié. Un avis un peu différent sur un livre qu&#8217;il juge  essentiel à notre édification. Je l&#8217;ai lu, ça ne m&#8217;a pas plu. Et  j&#8217;argumente, clairement, précisément. Il m&#8217;assène que c&#8217;est un  classique, qu&#8217;on ne peut que, qu&#8217;on doit aimer les classiques. Que ce  serait faire montre d&#8217;une prétention extraordinaire pour une gosse de  mon âge d&#8217;oser remettre en cause ce que tout le monde s&#8217;accorde à  considérer comme un chef d&#8217;oeuvre, un bijou de littérature.</div>
<div style="text-align:justify;">Finalement,  ce sont ses méthodes que je remets en doute. Pas de possibilités de  développer le moindre esprit critique, d&#8217;émettre un avis contraire au  sien, fut il pertinent. C&#8217;est ainsi que je vais m&#8217;accoler un autre  surnom. Mademoiselle Dehors. Il brandit un doigt impérieux en direction  de la porte, et je n&#8217;ai plus qu&#8217;à obéir. C&#8217;est la seule manière de me  faire plier. J&#8217;en tire une fierté, une sorte de petite gloire. Il n&#8217;a  pas d&#8217;autres argments, pas d&#8217;autres façons de me répondre que de  m&#8217;envoyer dans le couloir. Décidemment, les adultes sont si impuissants.  Mademoiselle Dehors. Je prends un bout de papier, ou un bouquin, et je  m&#8217;installe, laissant glisser doucement mon dos contre le mur, jusqu&#8217;à ce  que mes fesses se posent au ralenti sur le parquet. En général, je  reste là jusqu&#8217;à la sonnerie de fin de cours.</div>
<div style="text-align:justify;">Sauf si une  interrogation est prévue. Là, il me fait rentrer dix minutes avant la  fameuse sonnerie, et je n&#8217;ai plus qu&#8217;à m&#8217;appliquer, répondre aux  questions et comme d&#8217;habitude, réussir ans trop d&#8217;efforts. Heureusement  pour moi, je suis une rapide. La rédaction est pour moi tellement  naturelle, les mots sortent si facilement que parfois j&#8217;ai du mal à  adapter la vitesse de mes doigts à la vitesse à laquelle se développe  les idées. Il est d&#8217;ailleurs fréquent qu&#8217;en me relisant, je m&#8217;apercoive  qu&#8217;il manque un mot, voire une partie de phrase, comme si j&#8217;avais voulu  gagner du temps. Comme si on m&#8217;avait dicté trop vite les mots, et que je  n&#8217;avais pas pu les saisir tous. C&#8217;est parfois diablement handicapant,  parce qu&#8217;il se produit parfois la même chose quand je parle. Au fur et à  mesure que j&#8217;énonce les idées, d&#8217;autres ont germé, et parfois, j&#8217;en  arrive sur certains sujets qui me passionnent à avoir des discours un  peu difficiles à suivre, voire incohérents, car constitués d&#8217;une somme  de phrases inachevées. C&#8217;est déstabilisant pour mes interlocuteurs, mais  aussi pour moi. Surtout si on me fait revenir sur mes propos  précedents. La plupart du temps, j&#8217;oublie ce que je voulais dire. Ca va  trop vite, même pour moi.</div>
<div style="text-align:justify;">Je deviens un véritable moulin à  paroles, on ne m&#8217;arrête plus. J&#8217;imagine que je joue aux vases  communicants. Taiseuse à la maison, bavarde impénitente à l&#8217;école. Mon  journal de classe commence à se saturer de mauvais points de  comportement: bavardage, bavardage incessant malgré remarques&#8230;  Insupportable. Mademoiselle Dehors. C&#8217;est comme ça. Chez moi je lutte  pour rester dedans, alors que tout me crierait de m&#8217;évader, de partir  loin. A l&#8217;école, je ne fais aucun effort pour rester enfermée, alors que  je sais que je devrais y être.  A côté des autres, dans la classe.  Ecouter le professeur. Je passe ma vie à jouer des rôles, sans juste  milieu. Soit je me tais, m&#8217;efface, me rend transparente, pour qu&#8217;on ne  me déteste pas. Ou bien je me mets en avant, je vilipende, je parle plus  fort pour qu&#8217;on me remarque. Ne pas être comme tout le monde, ne pas  être fondue dans la masse et pourtant éprouver un désir de normalité  surpuissant. Je n&#8217;arrive tout simplement pas à être au milieu.</div>
<div style="text-align:justify;">J&#8217;agace  autant que je surprend. Mon côté un peu bravache plait à certains, en  déroute beaucoup. Il est vrai que ça doit être usant, pour tous ceux qui  aspirent seulement à tirer leur cinquante minutes de cours tranquille,  d&#8217;avoir ces bras de fer incessants. Mes petites interventions ne  plaisent pas à tous. Et pas seulement aux meilleurs élèves. Je ne suis  pas populaire, je suis plutôt cataloguée comme emmerdeuse. Ca ne me  surprend pas. Je pense que si j&#8217;avais une paire de couilles il en irait  tout autrement. Mais je suis une fille. Une emmerdeuse.</div>
<div style="text-align:justify;">Mes  copines trouvent parfois que j&#8217;exagère. Mais ça les fait rigoler. Alors  je continue. Je commence à découvrir le pouvoir du rire sur les gens.  L&#8217;humour. L&#8217;humour, c&#8217;est une autre façon de manipuler les mots. Il  suffit d&#8217;un agencement efficace, de dénicher un peu d&#8217;absurde quelque  part, d&#8217;appuyer sur un détail qui cloche, et ça y est. Faire rire est  une des plus grandes récompenses, un des plus beaux moteurs. Ca me fait  avancer. Je ne suis plus seulement la fille qui fait tourner le prof en  bourrique, je suis aussi celle qui arrive à faire marrer les copines. Ca  n&#8217;a pas de prix. Et je me découvre paradoxale. Plus je vais mal, plus  ma vie à la maison est compliquée, plus je me sens sombre, taciturne,  plus je suis drôle. Je pratique en petit comité. Mon petit clan de  copines. Syl, bien sûr, mais aussi Mage. elle est spéciale. Gothique.  C&#8217;est comme ça qu&#8217;elle se définit. elle a un vrai look, ça c&#8217;est sûr.  Moi qui suis une espèce de no logo, no look , ça m&#8217;etonne. Je me  contente d&#8217;enfiler un jean et un pull vaguement moulant, histoire de,  elle étudie ses fanfreluches. Elle porte des mitaines en dentelles, un  maquillage noir assez forcé, elle a de longs cheveux noirs. On murmure  un peu dans son dos. La sataniste. C&#8217;est comme ça qu&#8217;on l&#8217;appele. C&#8217;est  ridicule. Je n&#8217;ai jamais vu une fille plus ancrée sur terre que Mage.  Plus consciente du réel. Par contre, elle ose affirmer ses goûts. Se  différencier. Même si je n&#8217;aime pas les musiques qu&#8217;elle écoute, si je  n&#8217;aime pas forcément les mêmes chose qu&#8217;elle, je la trouve gonflée. Et  interessante.</div>
<div style="text-align:justify;">Ce n&#8217;est pas forcément une amitié avec elle  qui va me rendre plus populaire, mais je m&#8217;en fiche. J&#8217;ai conscience que  je ne ferai jamais partie du groupe des leaders. Que mes différences à  moi, mes failles ne m&#8217;autorisent pas à rentrer dans ce genre de sphères.  Alors, à tout prendre, je préfère être avec des gens qui me plaisent.  Ce n&#8217;est pas de ma faute si j&#8217;ai une attirance pour les êtres  singuliers, un peu en marge. Elle est comme ça. Terriblement simple et  pourtant complexe. Secrète et extravertie. Il arrive que j&#8217;aille chez  elle, après la classe. Directement, nous sommes acueillies par sa mère.  Enfin plutôt elle fond sur nous. Avec des assiettes de pâtes fumantes à  quatre heures de l&#8217;apres midi. Ou des pizzas maison. Prends en un peu.  Vas y. Mange. On n&#8217;y échappera pas. C&#8217;est la tradition. C&#8217;est une vraie  mamma, dans toute l&#8217;acception du terme. J&#8217;ai beau n&#8217;être qu&#8217;une copine  de sa fille, je suis traitée en enfant de la maison. Et ça fait du bien.  Rien que pour ça, je viendrais bien ici tous les jours.</div>
<div style="text-align:justify;">On  écoute des disques dans sa chambre, elle me montre son piano, me parle  de ses compos. Je m&#8217;entoure toujours d&#8217;artistes. J&#8217;ai un faible pour les  félés, les accidentés de la vie, et les artistes. ceux qui ont quelque  chose à dire, à exprimer. Je ramasse les oiseaux aux ailes brisées. Je  receuille les chats abandonnés. Et je m&#8217;entoure inévitablement de ces  gens qui ont un don. De ces astres qui savent ou mettre en musique, ou  mettre en lumière, ou en couleur. De ceux qui créent. Dans le néant de  ma vie, dans l&#8217;espèce de cul de sac où j&#8217;ai l&#8217;impression de me trouver à  la maison , je cherche à m&#8217;entourer de ceux qui font. Mage elle est  comme ça. Elle fait.</div>
<div style="text-align:justify;">Mademoiselle Dehors. Mage et Syl prennent  des notes pour moi. A leur façon, elles m&#8217;aident à tenir. elles  m&#8217;encouragent à sortir de moi. Je me rends compte à quel point il est  libérateur de dire, même des bétises, du moment qu&#8217;on le fait en public.  Il y a une sorte de jouissance au déballage, à la mise en danger. Etre  sur un fil, c&#8217;est assez addictif. Avoir le pouvoir et les yeux braqués  sur soi un moment. Une sensation que je n&#8217;avais ressentie jusque là qu&#8217;à  la danse, sur scène, quand toutes les lumières s&#8217;allument, que mes  jambes flagellent, et que ce n&#8217;est plus mon cerveau qui mène la danse,  mais une sorte de conscience supérieure à mon corps, une force au  dessus, qui me fait planer et exister plus grande, plus forte, plus sûre  de moi que jamais.</div>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;aime être mise en scène. J&#8217;aime faire de  ces sorties une sorte de mini spectacle. J&#8217;en viens à souhaiter de  toutes mes forces de l&#8217;entendre, ce sésame: Mademoiselle, Dehors !</p>
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		<title>#26: M&#8217;amour</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Nov 2010 13:08:11 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align:justify;">Ce qui ne devait durer qu&#8217;un  moment s&#8217;éternise. Pas parce que j&#8217;en ai envie, mais essentiellement  parce que je n&#8217;arrive pas à le quitter. Ce n&#8217;est même pas pour ne pas  lui faire de mal, lui, je m&#8217;en fiche, j&#8217; accorderai plus d&#8217;importance à  une fourmi qu&#8217;à lui. En me disant qu&#8217;il m&#8217;aime, il s&#8217;est ridiculisé. Je  ne pourrai plus jamais le prendre au sérieux, ni même avoir de l&#8217;estime  pour lui. Comment  être aussi aveugle? <span id="more-303"></span>Comment se donner comme ça  totalement à quelqu&#8217;un qui non seulement ne vous aime pas, mais qui plus  est se sert de vous? Je trouve ça dingue. Tout le monde le voit, le  sait. Tout le monde sauf lui. Ou il l&#8217;ignore sciemment. Je manque de  courage. Il faut reconnaître qu&#8217;être avec lui est confortable. Je n&#8217;ai  aucun effort à produire. Il fait dépendre sa vie de moi. Choisit ses  activités en fonction des miennes, calque ses horaires sur les miens. Je  ricane doucement. Jusqu&#8217;où pourrais je aller? A quel point? Le faire  souffrir est tentant, et semble si facile. C&#8217;est un bon moyen de savoir,  de comprendre les humains qui m&#8217;entourent. Cette brave bête de somme,  qui s&#8217;allonge devant moi et m&#8217;offre les parties les plus vulnérables de  lui. J&#8217;imagine que ça ne doit pas se présenter souvent, d&#8217;avoir ainsi  quelqu&#8217;un à sa merci, sans défense. Dans un monde parfait, je l&#8217;aimerai  autant qu&#8217;il peut m&#8217;aimer, nos nudités s&#8217;équivaudraient,  s&#8217;équilibreraient. Nous ne sommes pas dans un monde parfait. J&#8217;ai un  certain penchant pour la cruauté. Je ne sais pas pourquoi. Peut être que  pour une fois, ce n&#8217;est pas moi la créature désespérée d&#8217;amour, la  pauvre chose affamée qui hurle dans le noir.  Mon insensibilité à lui me  fait ressentir le pouvoir qu&#8217;il a pu avoir sur moi. Ou elle. Eux. Tous  ces eux successifs qui ne m&#8217;ont jamais aimé comme je leur criais de le  faire. Je comprends à quel point il est jouissif de maitriser, d&#8217;être en  contrôle total. Mon cerveau se glace, mon coeur parfois s&#8217;empêche de  battre. Il ne faut pas d&#8217;obstacle à cette expérimentation singulière.  D&#8217;abord, les mots. Je lui dis parfois des choses gratuites, cyniques,  uniquement pour voir la douleur dans son oeil. Pour voir sa lèvre  inférieure trembler, ses joues pâlir. Il accuse le coup. Parfois, je ne  lui donne pas de nouvelles pendant une semaine. Je le laisse appeler, et  je ne réponds pas. Ou brièvement, je lui dit que je n&#8217;ai pas le temps,  et je raccroche. Puis d&#8217;un seul coup, sans qu&#8217;il puisse comprendre d&#8217;où  ça peut venir, je deviens douce, affectueuse, caline. Je lui demande de  venir, là, tout de suite. Et je m&#8217;en fiche si nous sommes en plein  hiver, qu&#8217;il n&#8217;y a pas de bus puisqu&#8217;on est dimanche, et qu&#8217;il va donc  devoir se taper les quarantes kilomètres qui nous séparent sur sa  vieille mobylette. Qu&#8217;il arrive frigorifié.  Je le renvoie une heure  plus tard, parce que le lendemain j&#8217;ai école, et que je lui dis avoir  envie de me coucher tôt. Rien de plus faux pour moi qui ne ferme jamais  les yeux avant une heure du matin minimum. Mais je joue.</div>
<div style="text-align:justify;">Je  joue avec son corps aussi. Maintenant que j&#8217;ai bien compris les  mécanismes, comment il fonctionne, je sais ce qu&#8217;il faut dire, ce qu&#8217;il  faut faire, pour l&#8217;amener dans un état de tension, dans un état où il  voudra coucher avec moi. J&#8217;use, j&#8217;abuse. Et puis je dis non, au dernier  moment je repousse. J&#8217;ébauche des caresses, puis m&#8217;arrête en plein élan.  Histoire de lui faire voir à quel point j&#8217;ai le pouvoir sur lui. J&#8217;ai  le contrôle de son cerveau, et de son sexe. mais n&#8217;est ce pas la même  chose? Quelquefois, il est obligé de battre en retraite piteusement aux  toilettes. Dix minutes plus tard, il revient, l&#8217;air très fatigué.  Frustré. Mais résigné.</div>
<div style="text-align:justify;">Son coeur. Je l&#8217;ai un jour saisi dans  ma main, il m&#8217;a laissé faire. Bien mal lui en a pris. Je l&#8217;ai malaxé,  broyé, retourné, éventré. Je l&#8217;ai machônné, puis je l&#8217;ai recraché. C&#8217;est  de sa faute. Il n&#8217;avait pas besoin de tomber amoureux de moi. Est ce  que je mérite ça? Est ce que je mérite qu&#8217;on m&#8217;aime? En ne le comprenant  pas, il s&#8217;abaisse plus bas que terre, plus bas que moi. Il doit payer.  Il ne sait rien de ce que je fais à l&#8217;école, qui sont mes amis. il ne  sait rien des flirts plus ou moins innocents que j&#8217;entretiens, notamment  avec le garçon précieux. Jusqu&#8217;au jour où je laisse trainer un mot  qu&#8217;il m&#8217;a écrit. Intentionnellement. je sais qu&#8217;il va tomber dessus. Je  sais qu&#8217;il va se faire des films, même si les mots ne sont pas  particulièrement évocateurs. Parce qu&#8217;il est jaloux. d&#8217;une jalousie  maladive. mon bref passage dans les bras du beau gosse, il m&#8217;en parle  toujours, même des mois après. Il a toujours la frousse que je retourne  avec lui. S&#8217;il savait. Non, le beau gosse a eu sa chance, mais c&#8217;est  fini. Il y a longtemps que je suis passée à autre chose. Longtemps que  j&#8217;ai décidé de ne plus m&#8217;attacher pour qu&#8217;on ne salisse plus mes  histoires. Si elles sont déjà moches dés le départ, pas moyen d&#8217;encore  les enlaidir.</div>
<div style="text-align:justify;">Ce que j&#8217;avais pressenti arrive. Premières  crises de jalousie, rupture théatrale. Il jure ne plus m&#8217;appeler, me  détester, ne plus vouloir entendre parler de moi. Je ricane. Je sais  qu&#8217;il suffit d&#8217;attendre. Une semaine tout au plus. Cinq jours plus tard,  il revient, la queue entre les jambes, implore mon pardon. Il a osé ne  pas me faire confiance. C&#8217;est lui le fautif. C&#8217;est le monde à l&#8217;envers.  Je joue les magnanimes, et après l&#8217;avoir fait mariner un peu, je le  reprends. Et on repart pour un tour. Quand je m&#8217;ennuie vraiment trop, un  coup de fil bizarre, un numéro laissé sur un bout de papier et qu&#8217;il ne  manquera pas de découvir, un prénom échappé au pire moment&#8230; Et le  tour est joué. Sur deux ans et demi  de relations, on a du rompre  quelque chose comme trente ou quarante fois. Pour des fantômes la  plupart du temps. Le plus ironique de l&#8217;histoire est que quand il s&#8217;est  vraiment passé quelque chose, avec un autre, des autres, il ne s&#8217;en est  pas rendu compte, on n&#8217;a même pas rompu. Même pas un peu. Il faut dire  que ça ne se passe pas tout près de chez lui. Je suis en vacances. Bord  de mer, camping, des mobilehomes immobiles. Il m&#8217;a écrit. Avant que je  ne parte. Une lettre pour chaque jour. Pour que je pense à lui. Ca ne  fait que dix minutes par jour, alors je veux bien. Si le reste des 24 h  est à moi, c&#8217;est un arrangement possible. Ce camping est une sorte de  petit village, tous les soirs sur la &#8220;place&#8221;, il y a de la musique, et  des jeunes. En journée, je reste sagement près de ma mère, de son mec du  moment, et des Yeux Extraordinaires ainsi que des Cheveux d&#8217;Or. Le  soir, je vais onduler au milieu des garçons. Avec la danse, j&#8217;ai  l&#8217;habitude de bouger, j&#8217;ai même une certaine aisance. J&#8217;ai l&#8217;habitude  d&#8217;avoir des regards sur moi, ça ne me gêne pas. J&#8217;en rajoute. Je bouge  mon bassin, je souris. Forcément, certains se rapprochent. Dont un, qui  m&#8217;a de suite tapé dans l&#8217;oeil. Grand, brun, des yeux profonds, j&#8217;adore.  C&#8217;est pourtant avec un autre que je pars me promener, sur la plage. Il  m&#8217; a pris la main, et on a baragouiné quelques mots. Il est hollandais.  J&#8217;ai compris son prénom, et c&#8217;est à peu près tout. Une grosse demi heure  plus tard, on se retrouve sur la plage, abrité derrière un bateau, à  moitié nus. Je le consomme. Je ne cherche même pas à noter son numéro,  pour quoi faire? Il ne me plaît pas ce type, je ne le connait pas,  c&#8217;était juste un corps  à disposition, une expérience. Eprouver une  autre peau, tenter de voir si c&#8217;est tout le temps pareil. C&#8217;était juste  furieusement décevant. Court. Dans tous les sens du terme. Passons à  autre chose. Le lendemain, le brun s&#8217;approche. Me dit qu&#8217;il aurait aimé  être celui qui est parti avec moi, hier soir. Je lui dit que c&#8217;est  dommage, qu&#8217;il a laissé passer son tour. J&#8217;ai envie de ne pas trop lui  montrer qu&#8217;en fait je n&#8217;attends qu&#8217;un signe. Je continue de danser, un  type trop jeune m&#8217;offre une limonade. Que je bois, bien sûr. Toujours  accepter un verre ne veut pas forcément dire que le type a une chance.  Ca veut simplement dire qu&#8217;on est fauchées et que c&#8217;est bien de marcher à  l&#8217;économie aussi de temps en temps. Cette nuit là, je pars me coucher  en me rappelant de son sourire. et après m&#8217;être brossé les dents, et lu  ma lettre quotidienne, j&#8217;ai toute la nuit pour y penser. Une autre  journée s&#8217;étire, molle, chaude. Il me tarde d&#8217;être à ce soir. Il me  tarde qu&#8217;il soit là. Et s&#8217;il n&#8217;y était plus justement? Petit effroi  jusqu&#8217;à ce que je finisse par l&#8217;apercevoir. Lui sourire. Ma mère n&#8217;est  pas loin, mais bien trop occupée à gérer les verres qui se vident  dangereusement de son amant que pour prêter attention à moi. On danse.  Il me frôle, je sens une main sur mes reins, il glisse à mon oreille:  viens, on va ailleurs. Ailleurs, c&#8217;est sa tente quasi à l&#8217;autre bout du  camping. Une modeste tente deux places, dans laquelle je ne tarde pas à  m&#8217;allonger. Quelques baisers rapides et une main manifestement habituée  dégrafe mon soutien gorge d&#8217;un seul coup. Nous passons presque deux  heures dans cette tente. Aucune inhibition, ou presque. durant tout ce  temps, je pense à comment le blond va réagir quand il saura que m&#8217;amour,  sa précieuse, sa princesse, s&#8217;est envoyée en l&#8217;air avec deux garçons  différents en l&#8217;espace de trois jours, dans une tente, dans des douches  publiques, sur la plage. Sans réfléchir.</div>
<div style="text-align:justify;">Que durant tout ce  temps où ils ont eu leurs mains sur mon corps, j&#8217;ai pensé, espéré qu&#8217;il  pleurerait en découvrant la vérité. Je me demande combien de temps il  lui faudra pour me pardonner, cette fois ci.</div>
<div style="text-align:justify;">Combien de temps avant que je ne redevienne m&#8217;amour.</div>
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