je vais bien, t’en fais pas

29 Août

Ce qu’on écrit, il ne faut jamais le négliger… Même si à priori, les mots ne cachent rien, sont pas pour faire vivre le personnage, et exister le mélodrame… Parfois il y a plus profond derrière. Une profondeur qui envoie des signaux d’alerte. Et quand vous avez la chance d’avoir des gens qui tiennent suffisamment à vous et vous connaissent assez pour s’en apercevoir, l’inquiétude nait. On vous demande des comptes, on vous évalue, mine de rien. A quel point est elle triste? A quel point va -t-elle faire des conneries? Est elle dépressive?

Le mot est lâché. Dépression. Une amie, une compagne que j’ai vu hanter ma mère tant et tant d’années. C’est elle qui l’accompagnait, pilules après pilules, séances de psy après séances de psy. Ma mère avait de réels problèmes dépressifs dont elle n’est jamais sortie.

Et moi? J’ai flirté avec elle. De très près. Epuisée, ne plus avoir la force de sortir de son lit, de sourire, le silence envahissant, les idées noires, l’envie d’en finir avec tout ça, d’envoyer tout valser une bonne fois, la tentative un soir plus gris que les autres. Et puis ce sursaut incroyable qui m’a fait réagir, envoyer chier le monde qui m’infestait, refuser de me laisser encore couler, et petit à petit remonter à la hauteur des vivants.

C’était il y a  quelques années maintenant. Et j’en ai appris beaucoup sur moi même. Je sais à quel point je peux être sensible, poreuse. Je sais que les émotions peuvent me bouffer si je n’y prends pas garde, si je me laisse trop envahir. Je sais que j’ai un terrain propice à toutes sortes de saloperies: dépression, alcoolisme. Une part de génetique sûrement, de l’imprégnation du milieu aussi.

Je sais que consciemment ou non, toutes ces briques bancales de mon enfance puis de mon adolescence ne m’aident pas à construire le bonheur. Quelque part tout au fond, y aura toujours une petite voix qui se demandera quand tout s’écroulera. Et que je cherche toujours plus ou moins les histoires impossibles, les emmerdements, et que si ça devient possible, évident, je fais tout ce que je peux pour bousiller. Je le fais très bien. Presque malgré moi. Je deviens incisive, dure, tranchante. Cartésienne à la limite de l’absurde.

Uniquement parce que le bonheur me fait perdre mes repères. Quand tu t’es baladée dans le gris toute ta vie ou quasi, la lumière te fait peur. Je ne me sens pas moi quand je suis heureuse. C’est trop éloigné de ce que je connais. Je ne me sens pas créative. C’est sûrement un tort, mais je ne me sens à ma place dans mes mots que quand je suis triste. Ces quelques semaines à sourire, grâce à celui que j’ai fait fuir, ces quelques semaines je n’ai rien écrit. J’étais ailleurs, une autre. Je retrouve possession de mes terrains connus là. Boue des regrets, marécages de désillusions, arbres noircis de colère et tristesse mélangée. C’est l’endroit au monde où je me sens à ma place. Ce qu’il y a de bien avec la douleur, ou la tristesse, c’est que ce sont des compagnes qui ne te décoivent jamais, et qui ne me surprennent plus. Je connais. J’ai mes repères.

Ces dernières deux semaines, j’ai fait de grosses bêtises. J’ai foiré, avec application un truc qui commençait à être vraiment bien, de peur que ça ne le devienne trop. Ce n’est pas d’avoir mal qui me faisait peur, mais d’être heureuse. Pour une fois. Je me suis retrouvée, seule avec moi. Et des verres. Beaucoup de verres. Beaucoup trop. Avec le recul, c’était non seulement stupide, mais pathétique. Est ce que je veux vraiment de ça? Est ce que je veux être comme ma mère?

Probablement, peu de personnes peuvent comprendre ça. Ce n’est pas se complaire dans le malheur, c’est juste y avoir presque toujours habité. En secret. Connaitre suffisamment tous les pièges et précipices pour ne pas y tomber, comme on peut progresser dans une maison familière les yeux fermés.

Mais je crois que le temps est venu de penser à déménager un peu. Peut être qu’au départ, je vais juste emporter une brosse à dents et quelques affaires, histoire de ne pas être tout à fait perdue.

Et puis j’arriverai à être de cet autre côté, bien, peut être seule. Ou bien non. Les autres ne me répareront pas, ce n’est pas chez eux que je dois chercher ce qui me manque pour aller de l’autre côté et être bien, heureuse. J’ai décidé d’être ma propre mère. Et mon père aussi. d’avoir sur moi ce regard bienveillant que d’autres peuvent avoir. Mes qualités sont aussi parfois mes plus gros défauts. Tout est question de dosage. Il va falloir mieux régler ça, avec de la minutie. Faire les choses en sérénité, avec comme objectif le juste milieu.

Tout est en moi, quelque part. Comme le fait de casser les schémas répétitifs qui me poussent à toujours revivre les mêmes histoires.

Sur cette berge là, il y a déjà quelqu’un qui m’attend. Et il ne faudrait pas qu’on se rate.

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6 Réponses to “je vais bien, t’en fais pas”

  1. catnatt 29 août 2010 à 10 h 11 min #

    grand sourire….

    Je crois qu’il est temps d’apprendre à construire ma chérie. Largement temps.

    De t’aimer surtout car personne ne pourra t’aimer à ta place, tu t’aimes si peu que c’est le tonneau des danaïdes ton coeur. Il est abyssal à remplir, ça fait peur, alors on fuit. Toi, la première…

    Aime toi, comme tes vrais amis t’aiment. Et tu pourras dire « Je vais bien, ne t’en fais pas »

    • missstere 29 août 2010 à 13 h 32 min #

      J’ai une amie qui m’a dit sensiblement pareil. Que j’avais un tel gouffre d’amour a combler que ça me rendait impossible.
      J’ai plus envie de m’habituer a ce qu’on me dise qu’on m’aime puis qu’on me quitte. Parce que m’aimer est trop compliqué.

      Bref.
      Je vais travailler la dessus.
      L’ennemi dans le miroir toussa toussa 🙂

  2. catnatt 29 août 2010 à 10 h 24 min #

    Joli lapsus au fait au début
    « Ce qu’on écrit, il ne faut jamais le négliger… Même si à priori, les mots ne cachent rien, sont PAS pour faire vivre le personnage, et exister le mélodrame…  »

    je pense que tu voulais écrire « Même si à priori, les mots ne cachent rien, sont pour faire vivre le personnage, et exister le mélodrame…  »

    ahem…

  3. Zzouzz 29 août 2010 à 12 h 41 min #

    J’ai confiance en toi.

  4. c.a.dit. 29 août 2010 à 13 h 34 min #

    A le dire comme ça tu as déja fait un grand pas.
    Et pas après pas je sais que tu sauras accepter de te retrouver en pleine lumière.
    Pour ne plus jamais « fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve… »
    Des pensées serine pour toi qui écrit si bien…

  5. gotemar 29 août 2010 à 23 h 01 min #

    Tout le début, jusqu’à l’estafilade de verres, j’ai cru que tu avais dérobé mon âme pour l’écrire. Tu es moi. Je suis tellement toi. Je suis contente mais j’ai peur. Mais tu es là, et moi aussi. Alors ça ira.

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