#23: M’amour

21 Oct

M’amour. C’est lui qui m’appele comme ça. Et même si je trouve ça ridicule, purement absurde, je laisse faire. Mon histoire avec le beau gosse n’a pas duré. Par dépit plus que par passion, jesuis retournée ans les bras du blond. Il est plutôt quelconque, maigrelet, innofensif. Parfait. C’est exactement le genre de type auquel je ne peux pas m’attacher. C’est pile poil ce que je veux. Profiter d’une présence, sans devoir sacrifier au jeu du je t’aime, de la souffrance, de la jalousie. Expérimenter un garçon, ses lèvres, ses baisers, ce que cela fait de plaire à quelqu’un, de tenir compte d’un autre dans ses priorités. Je trouve ça plutôt intrigant. Je n’en suis pas amoureuse. J’ai pour lui un intérêt quasiment zoologique, comme un animal curieux et étrange qu’il me serait loisible d’examiner sous toutes les coutures si l’envie me prenait. Il est bien plus vieux que moi. Trop vieux d’après sa carte d’identité. Seulement de nous deux, c’est de loin moi la plus réfléchie et la plus raisonnable. Sans l’être une seconde. Finalement sortir avec lui, c’est m’exposer. Je joue un peu avec le feu. Forcément. Il a des sentiments pour moi, c’est évident. Je ris de savoir que j’ai le pouvoir sur lui. Je commence à comprendre ce que ma mère doit éprouver avec ses mecs successifs. Je vois tout ça de très loin, de très haut. Quand il me fait de grandes déclarations, maladroites et ridicules. Ca ne me touche même pas. Par contre, je vois jusqu’à quel point un être humain est capable de s’abaisser, de se rendre idiot dès que les sentiments l’aveuglent. Je trouve ça effrayant et un peu pahétique. Car s’il est vrai que ce type ne brille pas spécialement par son intelligence, à certains moment, on dirait qu’il a le QI d’un bulot mort. Je n’arrive même pas à le mépriser. Je suis fascinée par ce total abandon de lui, de son cerveau, de la moindre de ses capacités refléxives. Ce n’est pas qu’il me fasse confiance, c’est qu’il n’a simplement aucune volonté. Qu’un être humain, doué  de raison et d’un tant soit peu de jugeote se laisse aller à ce point, ça me sidère.

Il est mon champ d’expérimentation grandeur nature. Avec lui, je peux voir jusqu’où on peut aller. dans la tendresse, les caresses, les mensonges. A quel moment une gifle peut survenir, à quel moment on peut blesser, et puis après, quémander un pardon illusoire en rapprochant un peu son corps. Il n’est pas bien compliqué à comprendre, ce petit jeu. Faire un peu mal, ne jamais être tout à fait soi, là, rester un peu en dehors, puis donner l’illusion de se donner en dévoilant un peu de peau, en usant deux trois mots tendres et faux. Un apprentissage comme un autre. J’ai conscience qu’il sait. Que je ne suis pas amoureuse de lui. Même si je lui dit les mots, les mots sont creux, vides. Ils ne sont qu’une enveloppe. C’est le paquet cadeau. Le vice est que quand on déballe, il n’ y a rien. Lui sait. Mais on dirait qu’il s’en moque. A croire qu’il pense m’aimer assez pour nous deux. Ca s’appelle l’espérance, je crois. Ou la folie.

Ce type ne renonce jamais. Je peux être désagréable, l’evoyer promener, refuser de prendre ses appels téléphoniques, faire des caprices, il me trouve toujours une excuse. C’est un indécrottable romantique. Un truc que je ne suis pas en mesure de supporter. Parce que je trouve ça mièvre, d’une part. Incroyablement stupide. Bon marché. Le romantisme des années nonante, c’est acheter des fleurs dans une superette, en bout de caisse, et décoller le prix sur le seuil de la porte. Ca n’a rien de sauvage, de fou, d’héroique. Ca ne m’intéresse pas. Ce n’est pas de ça dont je rève. Et d’autre part, je n’ai pas envie de rentrer dans son jeu. Si je commence à trouver ses attentions romantiques attendrissantes, j’ai peur de m’attacher. Comme on s’attache à un bon vieux toutou crasseux parce qu’il rapporte le journal tous les matins. Alors, avec lui, je fais l’insupportable. Je me rends compte très vite que j’ai des facilités pour ça. Etre une garce est un truc que je peux faire presque les yeux fermés. Curieusement, plus je le manipule, plus il devient mon objet, plus il en redemande. Je me mets à penser que les relations humaines sont bien perverses.

M’amour. Quel sombre idiot. Je ne suis pas un amour, encore moins le sien. Je ne veux être, ne serai à personne. Et surtout pas à cet espèce de gringalet sans ambition et sans futur, à ce pantin dont je vois déjà devant moi se dérouler la vie. Des études en dent de scie, laborieuses. Un boulot ni intéressant, ni bien payé. Une petite vie étriquée. Une maison de cité. Des bégonias en mai, quelques pensées en mars. Et des cages à lapin au fond d’un minuscule jardinet. Le pire, c’est que je suis sûre qu’il serait heureux comme ça. Rentrer du boulot et s’abrutir devant la télé, faire les concours de colombophilie le week end, comme son père avant lui, baguer les pigeons, attendre leur retour, un peu anxieux, la mousse de la bière sur les lèvres, taper le carton avec d’autres types comme lui, reluquer les femmes d’autres types comme lui, trop maquillées, boudinées dans leurs fringues mal coupées et aux tissus bon marché.. Je suis sûre que ça lui conviendrait. J’ai presque envie de vomir devant cette inertie.

Je voudrais pouvoir le bousculer, pouvoir lui rentrer dedans. Lui jeter sa médiocrité en pleine face. Lui démonter tous ses petits rèves dérisoires.

Il m’aime. La belle affaire. Moi, pas. Je l’observe, je disséque. J’apprends. Plus que de l’individu, je suis curieuse du corps. Ses réactions. Ses hésitations. S’embrasser, sous toutes les formes. Des lèvres sèches du baiser rapide, aux lèvres mordues, goûtées, humidifiées de l’autre, des langues qui butent contre les dents, des pincement, des léchages, des légeres approches, des baisers profonds, où participent plus encore que la bouche, les lèvres, la langue, le corps tout entier. Nous ne garderons pas le champ d’investigation restreint plus longtemps. C’est moi la première qui prend sa main et la guide vers mes seins. L’éprouve sur le globe rond et rendu dur. Etonnée. Il est maladroit, emprunté. Il a peur de me faire mal. Toujours je devrais être à l’initative de caresses plus poussées. Lui me respecte comme une sorte de déité. Du coup, il lui est très difficile d’oser me toucher. Pourtant, je sais qu’il me désire. Je l’ai vu, parfois, alors qu’on s’embrassait. J’ai vu à travers le jean une espèce de gonflement lent et inexorable. Du bout des doigts, j’ai effleuré à travers le tissu rugueux. Ca m’a étonné. Intrigué. Envie de voir à quoi ça ressemble, de près. Sans oser le demander. Montre moi ton sexe. Non , vraiment, je ne peux pas lui dire ça. Ma curiosité n’est pas satisfaite. Je ne peux qu’imaginer, la nuit, quand je suis seule, à quoi il ressemble. Ce que ça fait de poser ses doigts dessus. Ce que ça fait de l’avoir en soi. Je ne suis pas prête encore, mais je voudrais savoir. Je suis parfaitement au courant de la mécanique. Comment tout fonctionne. Mais j’ai l’intuition qu’un sexe d’homme n’est pas l’autre, et qu’il existe autant de forme de bites que de visages.

Il m’apporte toujours le dimanche matin une rose rouge. Et deux croissants. En hiver, il est glacé d’être venu en mobylette, le visage mal protégé par une écharpe. Il aime venir me réveiller comme ça, quand je suis encore toute chaude de sommeil, et qu’il vient déposer un baiser sur ma joue. Je n’ose pas lui dire, mais j’ai horreur de cette cérémonie sentimentale. J’aimerai mieux qu’il me repousse sur mon lit, me déshabille et me baise. Que je sache quel effet ça fait, enfin, plutôt que d’attendre. De toutes façons, s’il ne se décide pas bien vite, ce sera un autre. Je veux savoir. Lui est un parfait candidat. Tant qu’à faire un galop d’essai, tant qu’à risquer que ce soit foireux, j’aime autant que ce soit avec quelqu’unque je n’aime pas. Comme ça, aucun regret. Aucune culpabilité à avoir. Pas besoin de faire d’efforts inutiles.

Je vais devoir faire le mec. Aller chercher des capotes. Lui mettre sous le nez. Déboutonner son jeans, et enfin glisser ma main dans son boxer. Il joue un peu les vierges effarouchées. J’imagine que ça doit être perturbant pour lui que bien plus jeune, encore gamine, ce soit moi qui prenne les choses en mains. J’arrive à le persuader de se laisser faire. Je ne peux pas trop discuter de ça avec mes copines. La seule dont je sois suffisamment proche, Syl, n’a même pas encore embrassé un garçon. Alors comment pourrais je lui demander si j’ai la bonne technique pour masturber? Si c’est mieux avec une main entière, ou deux doigts? S’il faut être douce, tendre, ou au contraire sauvage? Je ne sais pas du tout. C’est comme un nouveau jouet, sans mode d’emploi. Je ne peux me fier qu’à ses réactions, et tenter d’adapter en fonction. Il faut des semaines avant qu’il ne se décide à son tour à franchir la barrière de ma culotte. Des semaines pendant lesquelles j’affine ma technique, et même je m’enhardis à des choses moins tactiles. Moins digitales.

Parfois, quand on est chez moi, on mate la télé ensemble, dans le salon. J’ai toujours été frileuse, et j’adore profiter d’une couverture sur moi le soir. Lui à côté, se glisse sous la laine épaisse aussi. Profitant de cet abris relatif, mes doigts glissent souvent jusqu’à son sexe, et vice versa. Parfois, je dois étouffer de petits cris de plaisir. J’adore ce jeu, en apparence nous sommes si innocents. A peine deux gosses qui regardent un film un peu mélo. Deux gosses qui se font jouir mutuellement.

Je veux plus. Je veux savoir. Je n’arrête pas de lui envoyer des signaux. Je me balade devant lui, à demi nue. Je le provoque. Je monte sur lui, m’allonge, frotte mon pubis contre son sexe dressé. Seul un tout petit bout de tissu nous sépare. En parler, à mots clairs est compliqué. Pourtant, les ocasions ne manquent pas. Je vais dormir chez lui, il vient chez moi. Pas dans la même chambre, chez moi. Mais ça n’empêche pas de me relever, d’aller le rejoindre. Une nuit, il fait particulièrement chaud. L’après midi s’est déroulée, languissante, faite de frôlements, de caresses ébauchées, mais jamais réellement effectuées, par torpeur ou paresse. Je n’y tiens plus. Je le rejoins dans le salon. Il dort sur le canapé. sans faire de bruit, je me déshabille. Je ne dit pas un mot. J’attrape son portefeuille resté sur la table basse. Je sais que dans la poche de gauche, il y a toujours deux capotes. Celles que je lui ai données. J’en déballe une. C’est pour cette nuit.Toujours en silence, je l’observe, un peu groggy, doucement se rendre compte que cette fois on y est. Il me dit: « Je promets de ne pas te faire de mal ». Et il tient promesse. Il retient sa fougue, et c’est centimètre par centimètre que je sens sa progression en moi, rendue difficile par ma tension, mon angoisse légère de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir les bonnes réactions. J’essaie de me détendre, me rendant bien compte que ça simplifiera les choses. C’est bientôt fini. Je ne suis plus vierge. Une bonne chose de faite.

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